EDITO. Doubler le RN par sa droite, est-ce vraiment possible ?

C'est en tous les cas la stratégie adoptée par Marion Maréchal, tête de liste Reconquête ! pour les élections européennes de juin, une échéance déterminante pour le parti d’Éric Zemmour.
Article rédigé par Renaud Dély
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Marion Maréchal, vice-présidente exécutive de Reconquête !, le 6 novembre 2023. (THOMAS SAMSON / AFP)

Les élections européennes de juin sont un scrutin tellement capital pour Reconquête ! qu’il pourrait déterminer la survie même du mouvement d’extrême droite. Rappelons que lors des élections législatives de l’année dernière, les zemmouristes ont subi une raclée : ils n’ont obtenu aucun élu. Ils ont donc un besoin urgent de se refaire. 

Reconquête ! espère au moins sauver ses trois députés européens sortants, trois transfuges du RN qui avaient lâché Marine Le Pen lors de la présidentielle. Marion Maréchal doit donc franchir la barre des 5% des voix pour obtenir des élus. Pour l’heure, à six mois de l’échéance, les sondages lui laissent cet espoir. Mais sa stratégie semble assez audacieuse.

Une question de formulation plus que de fond

Pourquoi ? Parce que la petite-fille de Jean-Marie Le Pen reprend, en gros, le positionnement qui fut celui d’Éric Zemmour durant la campagne présidentielle : essayer de dépasser le Rassemblement national par sa droite. Pas simple, l’espace est plutôt étroit. Alors Marion Maréchal s’applique à peindre Jordan Bardella en candidat aseptisé, fade, creux, soucieux de plaire aux médias. Contrairement au président du RN, elle refuse de condamner l’action des groupuscules de l’extrême droite la plus radicale qui ont défilé ces derniers jours dans plusieurs villes pour réclamer vengeance après le meurtre du jeune Thomas à Crépol dans la Drôme. Et, de fait, légitime leurs slogans.
 
Mais sur le fond, il n’y a aucune différence, ce n’est qu’une question de ton et de mots. Par exemple, pour Marion Maréchal, le drame de Crépol est un "francocide", conséquence du "racisme anti-blanc". Pour Marine Le Pen, c’est le fruit d’une "razzia de milices armées" provoquée par "l’immigration incontrôlée". Cela veut dire la même chose. Mais le Rassemblement national use d’un discours xénophobe qui avance par allusion, par sous-entendus qui suffisent à conforter sa base électorale. Ce qui incite Reconquête ! à renchérir dans la provocation et la violence verbale. Au risque de se marginaliser. Le RN a un temps d’avance or, à l’extrême droite aussi, pour reprendre la rengaine de Jean-Marie Le Pen, l’électeur préfère souvent l’original à la copie. Surtout quand l’original vise la pole-position aux européennes de juin, une perspective qui pourrait générer dans la dernière ligne droite de la campagne un phénomène de vote utile, fatal au score de Marion Maréchal.

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