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"Ô nuit ô mes yeux" : à la recherche de l’orient perdu

Au rayon beaux livres à trois jours de noël, "Ô nuit, ô mes yeux" de Lamia Ziadé chez P.O.L est une histoire du Moyen-Orient des années 20 aux années 80 sur le destin fabuleux des chanteuses arabes.

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(Lamia Ziadé ©ditions P.O.L)

C'est un âge d'or, une époque qui sent les épices et l'aventure, où dans les cabarets enfumés de Beyrouth, du Caire, d'Alexandrie, de Jérusalem, les hommes étaient en pamoison devant des femmes sensuelles aux voix déchirantes. Avant que le Moyen-Orient ne bascule dans la violence et l'intolérance et sans nier le joug des puissances coloniales, musulmans, juifs, chrétiens, orthodoxes cohabitaient dans des villes joyeuses où les femmes ont joué un rôle capital. Lamia Ziadé est libanaise, elle s'est plongée dans cette histoire méconnue.

Parmi toutes les chanteuses et actrices, il y'a bien sur Oum Kalthoum qui a accompagné la révolution égyptienne, ses concerts finissaient en transe collective, plus près de nous Fayrouz la libanaise, bouleversante de droiture quand son pays s'est déchiré des années durant et dans ce livre, on découvre un personnage hors du commun, la plus scandaleuse, la plus libre, la plus belle, la druze Amal El Atrache, de son nom de scène Asmahan, d'elle, le général anglais Edward Spears, chef de mission au levant disait: "Ses yeux étaient immenses, verts comme la couleur de la mer qu'on traverse jusqu'au paradis".

Asmahan est née sur un bateau entre Izmir et Beyrouth en 1917 à la fin de l’empire Ottoman, elle est morte assassinée noyée dans le Nil à 27 ans. Dans l’intervalle sa vie est un roman : chanteuse et actrice à succès, espionne pour l’armée britannique, femme volage aux multiples amants, mariée quatre fois, Asmahan buvait, fumait, dépensait des sommes folles dans les casinos, la légende dit qu’elle faisait de orgies à l’hôtel King David de Jérusalem, un destin de femme inimaginable aujourd’hui au proche orient.

Lamia Ziadé raconte ces histoires par le texte et le dessin: elle reproduit des images arrêtées de films, des affiches, ressuscite des salles de spectacles disparues, son trait va de la légèreté du roman-photo à la noirceur qui sied à la fin tragique de ces destins.

"Ô nuit, ô mes yeux" de Lamia Ziadé chez P.O.L

(Lamia Ziadé ©ditions P.O.L)