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Le papillon urbain de Julie Estève est une bête de sexe

Le "Moro-sphynx" est un papillon vorace et bourdonnant qui sévit à la tombée du jour, c'est aussi le titre du premier roman de Julie Estève, chez Stock. Son papillon à elle s'appelle Lola, une trentenaire parisienne, qui ne butine pas les fleurs...

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(Julie Estève © Philippe Biancotto.)

Elle est aussi affamée que désespérée, animal urbain et solitaire, Lola a un travail sans intérêt, sa mère est morte jeune, son père a sombré dans l'alcool et elle a le cœur en miettes, laminé par un chagrin d'amour. Dans ce premier roman il y'a de la rage, de l'audace littéraire, une langue crue qui taille à la serpe la monotonie du quotidien. Michel Houellebecq n'a pas le monopole du récit de la misère sexuelle et sentimentale contemporaine. Le point de vue féminin de Julie Estève vaut le détour, sa Lola traine dans Paris en prédateur, son mal d'amour elle le soigne en chassant le mâle. Le sexe c’est l’oubli, une petite mort comme ultime thérapie.

Dans un bar glauque elle fornique contre le babyfoot avec un travailleur de Rungis qui sent le poisson, chez Darty elle séduit un couple aussi ringard que maniaque pour que le mari devienne fou de désir et chaque fois qu'elle prend un homme, elle lui coupe un ongle, Lola les collectionne dans un bocal qui est déjà bien plein quand elle rencontre Dove, dont Julie Estève dit "Il se dégage de lui la nonchalance des gens, qui n'ont jamais rien perdu et à qui il manque, par hasard, un bout d'humanité", mais est-elle prête pour le grand amour?....

C’est une musique cash qui sonne juste, une construction libre qui se joue de la ligne droite du temps, cette violence maîtrisée fait de Lola un personnage attachant parce qu'elle est un bel objet littéraire.

"Moro-Sphynx" de Julie Estève chez Stock.

(Julie Estève © Philippe Biancotto.)