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Quand Samuel Huntington définissait le "choc des civilisations"

Au début des années 1990, et malgré la fin de la guerre froide, Samuel Huntington douche l'enthousiasme en défendant l'idée d'un "choc des civilisations".
Article rédigé par Thomas Snégaroff
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
  (L'auteur du "Choc des civilisations" photographié dans son bureau de l'université d'Harvard, en 1996 © Rick Friedman/Corbis)

Retour en février 1992. Dans "Synergies", Jean-Luc Hess reçoit un chercheur américain, Francis Fukuyama, dont la thèse d’une fin de l’Histoire est l’une des plus discutée à l’époque. Une époque marquée par la fin de la guerre froide et le triomphe des Etats-Unis, et de son idéologie démocratique politiquement et libérale économiquement…

 

Les sociétés évoluent. Elles commencent par être des sociétés simples, tribales, religieuses, agraires et puis les monarchies et les aristocraties et enfin ce processus arrive au stade de la démocratie libérale et le capitalisme technologique du XXeme. C'est dans ce sens qu'il y a une histoire cohérente et orientée vers un certain progrès.

 

D’abord présente dans un article de 1989, cette idée d’une fin de l’histoire -terriblement déterministe- paraît nier les alternatives à la démocratie libérale, et finalement au modèle occidental, dominé par les Etats-Unis. Parce que ne nous y trompons, Fukuyama est un grand défenseur de la puissance américaine, la fin de l’histoire, c’est le triomphe définitif des Etats-Unis.

Un autre chercheur américain, Samuel Huntington, répond à Fukuyama dans un article publié en 1993, dans la célèbre revue Foreign Affairs , un article au titre évocateur : "Le choc des civilisations". Charlie Rose le reçoit sur PBS, en 1997 :

Les Etats ont toujours agi selon leurs intérêts nationaux. Et continueront à le faire. La question importante est : comment définissent-ils leurs intérêts nationaux ? Mon idée est qu’ils les définissent de plus en plus selon des critères culturels. Les pays qui ont des traditions culturels différentes s’éloignent les uns des autres et se rapprochent de ceux qui ont des cultures similaires.

Autrement dit, point de fin de l’histoire mais plutôt des guerres de civilisation à venir et, donc à préparer.

La tentation est grande de faire de Manuel Valls et de sa "guerre de civilisation" un élève d'Huntington. Et pourtant, en parlant de LA civilisation contre la barbarie, le Premier ministre français s'inscrit bien davantage dans le courant d'un Fukuyama et ainsi, bien davantage qu'Huntington, dans une tradition néo-conservatrice américaine.

 

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