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Le 1er février 1954, l'abbé Pierre lance son appel en faveur des "couche-dehors"

En février 1954, les températures sont glaciales, l'appel au secours de l'abbé Pierre en faveur des "couche-dehors" déclenche une véritable "insurrection de la bonté". 70 ans plus tard, l'abbé Pierre nous parle encore.

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(L'Abbé Pierre à Grenoble en 1954 © Maxppp)

Un appel au secours

Le 1er février 1954, sur RTL, une voix largement inconnue du grand public déchire le silence et le froid d'une terrible nuit d'hiver.

"Mes amis, au secours. Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant-hier, on l'avait expulsée. "

Cette voix, c'est celle de l'Abbé Pierre. Ce message, il l'a tout d'abord envoyé  à RTL pour qu'il y soit lu à l'antenne. Puis, grillant tous les feux entre Courbevoie et la rue Bayard, il se précipite dans les locaux de RTL pour l'y lire lui-même, en direct. 

Car l'heure est grave. La France connaît un hiver d'une rigueur sans précédent. A Dunkerque, une banquise s'est créée, à Perpignan, il est tombé 85cm de neige, et en région parisienne, les températures sont glaciales. Par endroit, la Marne a même commencé à geler.

Et une femme est morte boulevard Sébastopol à Paris après avoir été expulsée de son logement.

Le combat de Henri Grouès, l'abbé Pierre, en faveur des "couche-dehors" ne date pas de 1954, mais il est longtemps resté vain. En 1949, la première communauté Emmaüs est créée dans l'anonymat rue Paul Doumer à Neuilly-Plaisance dans l'Est parisien.

C'est trois semaines avant l'appel du 1er février que tout bascule.

 

Un ministre découvre la réalité et décide d'agir

Dans la nuit du 3 au 4 janvier, après 72H de débat à l'Assemblée nationale, les députés rejettent un amendement proposé par Léo Hamon conformément à une promesse faite à l'abbé Pierre. Amendement qui visait à ponctionner un milliard de francs sur les 90 prévus pour la reconstruction afin d'édifier des cités de première nécessité.

Mais dans les heures qui suivent, la mort de Marc, un bébé de quelques mois cité des Coquelicots à Neuilly-Plaisance change tout. A la rue, les parents du petit garçon habitait dans une carcasse d'autocar rafistolée, glaciale. Dans une lettre ouverte publiée dans Le Figaro, l'abbé Pierre invite le ministre de la reconstruction Maurice Lemaire aux obsèques.

Et contre toutes attentes, le 7 janvier, le ministre est parmi le cortège. A la vue des conditions de vie des "couche-dehors", il décide qu'en mai, la première cité d'urgence serait debout. 

Cependant, la loi ne suffit pas. Il faut des moyens. Et trois semaines plus tard, l'appel de l'abbé Pierre fait exploser les dons, c'est ce qu'il appelle lui-même "l'insurrection de la bonté". Emmaüs récolte 500 millions de francs et toute sorte de produits de première nécessité.

Sur les 500 millions, deux ont un donateur bien connu du grand public. Il s'agit de Charlie Chaplin. Il dit :

"Je ne les donne pas, je les rends. Ils appartiennent au vagabond que j'ai été et que j'ai incarné "

Il faudra néanmoins attendre 1978 pour qu'une loi interdise l'expulsion des locataires pendant l'hiver, et l'an dernier pour qu'à cette trêve hivernale s'ajoutent l'eau, le gaz et l'électricité.

Alors que le plan Grand Froid vient d'être activé, force est de constater que l'abbé Pierre nous parle toujours.

(L'Abbé Pierre à Grenoble en 1954 © Maxppp)