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La BD, d'un art "très très mineur" (1976) au Prix Pulitzer (1992)

"Neuvième art" depuis 1964, la BD a cependant peiné à se faire reconnaître autrement que comme un art destiné aux enfants. Art puéril pour un sémiologue en 1976, art mineur encore en 2014 pour Alain Finkielkraut... Toutefois, en 1991, une rupture s'engage avec la parution de "Maus" qui offre à Spiegelman une expo au MOMA puis un prix Pulitzer.

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(Festival de BD d'Angoulème 2014 © Maxppp)

En novembre 1976, cela fait plus de dix ans que la bande dessinée, apparue en Suisse au milieu du XIXe siècle est désignée comme le Neuvième Art.

Pourtant, sur France Culture, un sémiologue, ne mâche pas ses mots. Pour lui, la bande dessinée reste un "art très très mineur". Il précise :

"Dans l'esprit des gens, c'est quelque chose qui est considéré comme pas sérieux et puéril."

Des propos qui feraient bondir aujourd'hui. Mais il y a 40 ans, cela n'émeut pas plus que ça. La bande dessinée est un art, certes, mais qui reste sans grande valeur. Rien à voir avec les réactions qui avaient suivies une interview de la ministre de la culture Aurélie Filippetti en janvier 2013:

"C'est très important parce que la bande dessinée est un art populaire et une manière de faire lire les enfants. Les enfants qui lisent la bande dessinée ont une pratique culturelle importante "

Réduire la bande dessinée à un passe-temps pour enfants avait mis le feu aux poudres. Un exemple parmi d'autres, sur son blog, la scénariste Isabelle Bauthian interpelle sèchement la ministre :

"Oseriez-vous tenir ces mêmes propos vis-à-vis du cinéma, un autre “ art populaire ” destiné à ceux qui n’ont pas la maturité ou l’intellect nécessaire pour aborder de vraies œuvres ? "

En juin dernier, Alain Finkielkraut remet de l'huile sur le feu. Sur France Inter, au micro de Patrick Cohen, il déclare :

"J'ai osé dire [dans son émission sur France Culture], vous vous rendez compte le sacrilège, que la bande dessinée était un art mineur."

Alors que s'ouvre aujourd'hui le 42e salon d'Angoulême, face à la diversité de la BD, il paraît impossible d'y voir uniquement un art mineur, un art populaire pour les enfants.

La mutation s'est certainement opérée progressivement, mais une oeuvre a probablement tout changé. En 1993, Olivier Barrot y consacre un épisode de son "Un jour, un Livre"

"Il ne faut pas s'y tromper, Maus n'a rien d'une bande dessinée comme les autres. C'est une réflexion par l'image autobiographique et profonde à propos de la condition juive, pendant et après l'Holocauste."

La sortie de "Maus" marque une rupture évidente. Son auteur, Art Spiegelman est l'objet d'une exposition au MOMA de New York en 1991, et l'année suivante, il obtient le prestigieux prix Pulitzer... 

Tout ça en dessinant des petites souris et des petits chats.

(Festival de BD d'Angoulème 2014 © Maxppp)