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Kodak, gloire et décadence d'un géant

En faillite il y a deux ans et sous perfusion depuis, le géant Kodak est l'une des victimes du numérique. Et quand on voit la valorisation de Snapchat et d'Instagram, qui emploient si peu de salariés, on se rend compte que la révolution du numérique est également une révolution sociale.

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(Boutique Kodak © Maxppp)

En octobre 1965, les cinéastes amateurs français sont en émoi. Le leader incontesté de l'image, l'Américain Kodak, vient de sortir un nouveau film, le Super-8 et c'est un tel phénomène que la radio se fait l'écho de cette nouveauté en insistant notamment sur son étonnante facilité d'usage.Le journaliste semble conquis.

"Pour l'amateur, ça représente une étonnante facilité de maniement et ça évitera les surproductions ! "

Cela fait près d'un siècle que Kodak règne sur le monde de la photographie. Créée en 1881 par George Eastman, la firme de Rochester dans l'État de New-York révolutionne la photographie en inventant l'appareil moderne à film et non plus à plaque. Tant et si bien qu'au début du XXe siècle, avoir un Kodak était synonyme d'avoir un appareil photo. Dans La Recherche, Proust fait ainsi prononcer ces mots à Saint-Loup :

"D'abord ce n'est pas une beauté, et puis elle vient mal en photographie, ce sont des instantanés que j'ai faits moi-même avec mon Kodak et ils vous donneraient une fausse idée d'elle. "

En fabricant en série le premier appareil photo portable, Kodak bouleverse le monde de la photographie. Ce qui était auparavant un processus lourd et compliqué devient un processus facile à utiliser et accessible à tous, comme le prouve le slogan du fondateur de l'entreprise, George Eastman :

"Kodak, c'est la photographie aussi pratique que le stylo ! "

Usines dans le monde entier, à Rochester, mais aussi à Toronto, à Vincennes, en Allemagne... Au milieu des années 1960, Kodak devient un véritable empire comptant 80.000 salariés et l'apogée est atteint en 1988 quand le site de Rochester comptabilise près de 145.000 salariés.

En ce temps-là, personne ne pouvait imaginer que 14 ans plus tard, Kodak serait à la traîne.

"Le groupe américain Kodak qui était en avance du temps de l'argentique est désormais en retard. Malgré de lourdes restructurations, Kodak ne fait désormais que survivre."

Et oui, alors qu'il en est l'inventeur, le groupe américain peine à s'adapter au virage du numérique. En août 2013, un article du Monde revient sur la descente aux enfers du géant aux pieds d'argile :

"Avant d'être placé en janvier 2012 sous la "protection" de la loi sur les faillites, Kodak ferme 13 usines en 8 ans, 130 labos-photo, et passe de 64.000 à 17.000 salariés."

Et ce n'est pas tout. Le groupe se sépare également de ses activités grand public, la fabrication d'appareils photo, son site d'album en ligne, et le tirage de photos. Mais rien y fait, figée dans l'argentique, la firme se fait finalement dépasser par ses concurrents directs, et même par de nouveaux venus qui tout à coup ont déchaîné les passions.

"Facebook rachète pour un milliard de dollars une entereprise créée il y a à peine deux ans. "

Cette entreprise, c'est l'application de partage de photos Instagram. Et malgré la dimension spéculative indéniable, le contraste est saisissant. Alors que Kodak ne vaut plus rien et ne doit le salut de ses pellicules qu'à l'engagement d'Hollywood de les utiliser, Instagram et ses 14 salariés valaient un milliard de dollars en 2012; tandis que Snapchat et sa soixantaine de salriés vaudraient actuellement 16 à 19 milliards de dollars.

Ainsi, la révolution du numérique n'est pas que technique, elle est aussi sociale.

 

Pour aller plus loin :

François Sauteron, La Chute de l'empire Kodak, 2010 : "le numérique n'a pas été pris au sérieux par les responsables de Kodak"

 

(Boutique Kodak © Maxppp)