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"Itinérance". Mais où Emmanuel Macron est-il allé chercher ça?

Du 4 au 9 novembre, Emmanuel Macron sillonne le Nord et l'Est de la France. Une "itinérance" mémorielle inédite. 

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Emmanuel Macron devant la statue de Georges-Clemenceau, à Paris, le 11 novembre 2017.
Emmanuel Macron devant la statue de Georges-Clemenceau, à Paris, le 11 novembre 2017. (FRANCOIS GUILLOT/AFP)

Ce genre de périple est une véritable innovation mémorielle. Jamais en effet un président n’avait ainsi sillonné le Nord et l’Est de la France pour commémorer la Première Guerre mondiale. En revanche, il y a un lointain prédécesseur d’Emmanuel Macron qui avait parcouru lui aussi de nombreux lieux de la guerre...

L'itinérance de Raymond Poincaré

Le contexte était évidemment très différent, puisque Raymond Poincaré est président pendant la Première Guerre mondiale, entre 1913 et 1920.

Avant même l’armistice, mais déjà au moment des négociations entamées, Raymond Poincaré se rend dans le nord de la France. Le 10 novembre il est à Douai,  puis il se rend à Orchies, première commune incendiée par les Allemands dès 1914, et à Saint-Amand qui venait d’être bombardée. Il se rend ensuite à Valenciennes, au Quesnoy tout juste liberé et à Denain.

Un mois plus tard, Poincaré, Lorrain d’origine, accompagné du président du Conseil Georges Clemenceau, entre triomphalement à Metz, le 8 décembre, Strasbourg, le 9, à Colmar le10 et à Mulhouse le 11. Pas vraiment une « itinérance mémorielle », plutôt un retour de la république dans des territoires meurtris et/ou retrouvés.

"L'itinérance" d'Emmanuel Macron alterne lieux de mémoires incontournables et méconnus

Il ne s’agit pas uniquement de se rendre uniquement sur lieux de mémoires habituels de la Première guerre. Ils ne seront pas oubliés, puisque par exemple, Emmanuel Macron ira se recueillir demain sur les lieux de la bataille de Verdun ou sera à Notre-Dame de Lorette, lieu de plus grande nécropole de la Première Guerre mondiale après-demain.

Mais il y aura aussi des lieux plus originaux. Ca a commencé aujourd’hui avec Mohrange l’une des premières batailles de la guerre et une grosse défaite française. Et demain, il inaugurera avec le président malien un monumentn en hommage aux soldats coloniaux à Reims.  

Macron, fidèle disciple de Ricoeur

On le sait, Emmanuel Macron est un disciple du philosophe Paul Ricoeur qui a beaucoup écrit sur la mémoire et notamment en 2000 dans son livre « La Mémoire, l'histoire, l'oubli », soit précisément au moment où le jeune Emmanuel Macron était l’assistant du philosophe.

Dans ce livre, Paul Ricoeur défend ce qu’il appelle

« une politique de la juste mémoire ».

C’est-à-dire une mémoire équilibrée, sorte d’ « en-même temps » mémoriel, qu’il définit ainsi : « Je reste troublé par l'inquiétant spectacle que donnent le trop de mémoire ici, le trop d'oubli ailleurs, pour ne rien dire de l'influence des commémorations et des abus de mémoire -et d'oubli.»

Peut-être qu’Emmanuel Macron a choisi cette forme très particulière de commémoration qu’est "l’itinérance" pour éviter le trop de mémoire de certains endroits et le trop d’oubli d’autres.

Emmanuel Macron devant la statue de Georges-Clemenceau, à Paris, le 11 novembre 2017.
Emmanuel Macron devant la statue de Georges-Clemenceau, à Paris, le 11 novembre 2017. (FRANCOIS GUILLOT/AFP)