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Histoires d'info. La tardive émergence du mot "islamophobie"

Datant de 1994, le terme "islamophobie" s'impose dans les années 2000, dans un contexte où les attentats du 11 septembre aux États-Unis et le vote de la loi sur les signes religieux dans les écoles publiques en France font de cette "forme de racisme" un sujet de société.

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Dounia (à gauche) et Khouloud, deux élèves du collège Jean Macé (Mulhouse), à la sortie du conseil de discipline suite à leur refus d\'ôter leur voile, en octobre 2004.
Dounia (à gauche) et Khouloud, deux élèves du collège Jean Macé (Mulhouse), à la sortie du conseil de discipline suite à leur refus d'ôter leur voile, en octobre 2004. (DAREK SZUSTER / MAXPPP)

Le mot "islamophobie" a rapidement trouvé sa place dans le vocabulaire français, à tel point qu’on a l’impression qu’il a toujours été là. Et pourtant, si la réalité de l’islamophobie est certainement très ancienne, le terme lui-même n’a émergé que  récemment dans les discours, médiatiques et politiques.

Une utilisation croissante dans les années 2000

À en croire le dictionnaire du Petit Robert, le terme islamophobie date de 1994, défini comme une "forme particulière de racisme dirigée contre l'islam et les musulmans." Mais le terme n'a été inscrit dans ce dictionnaire que dans l’édition de 2006, année qui correspond en effet à la montée en puissance du terme.
Dans les médias, une première percée est notable au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Toutefois, c'est en 2003 que l’islamophobie s’impose comme un sujet de société et à ce titre, il est traité par Alain Bedouet dans "Le Téléphone sonne" de France Inter qu’il présentait alors : "Est-il simplement tolérable d'être injurié ou menacé simplement parce qu'on est juif ou bien d'être insulté ou repoussé parce que l'on est musulman ? Qu'en est-il réellement ? Quelle réalité se cache derrière l'antisémitisme ou encore l'islamophobie ? Vous l'avez vu, le terme fait la une de la presse en ce moment."

La loi sur les signes religieux, vecteur de la montée du terme

Plusieurs éléments permettent de comprendre pourquoi "islamophobie" s’impose alors. Il y a la publication de La nouvelle islamophobie à l’automne 2003, écrit par un chercheur au CNRS, Vincent Geisser fait partie de ces éléments. Dans son livre, Geisser, qu’on accuse souvent d’empêcher toute critique de l’intégrisme, constate et regrette une montée d’un rejet de l’islam. Selon lui, ce rejet se nourrit de l’idée que l’islam serait incompatible avec la république. D'après le chercheur, l’islamophobie se distingue du rejet traditionnel des arabes en ce sens qu’elle se fixe sur la religion et ce qu’il appelle "les signes de l’islamité"
Et de fait, s’il y a un signe d’islamité qui fait la une des journaux d’alors, c’est bien le voile. En décembre 2003, le président Chirac décide qu’une loi doit explicitement interdire tout signe religieux visible. Cette loi votée en mars 2004 vise, selon certains exclusivement, l’islam. C’est dans ce contexte que le terme d'islamophobie, conforme ou non à la réalité, s’impose.

Dounia (à gauche) et Khouloud, deux élèves du collège Jean Macé (Mulhouse), à la sortie du conseil de discipline suite à leur refus d\'ôter leur voile, en octobre 2004.
Dounia (à gauche) et Khouloud, deux élèves du collège Jean Macé (Mulhouse), à la sortie du conseil de discipline suite à leur refus d'ôter leur voile, en octobre 2004. (DAREK SZUSTER / MAXPPP)