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Histoires d'info. 22 mars 1968, le jour où Mai 68 a commencé

Avant le mouvement de Mai 68, il y a eu un départ de feu en mars 68, du côté de Nanterre en banlieue parisienne. C'est sur ce moment précis que s'arrête Thomas Snégaroff.   

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Des étudiants occupent la Faculté des lettres et des sciences de Nanterre (Hauts-de-Seine), le 29 mars 1968.
Des étudiants occupent la Faculté des lettres et des sciences de Nanterre (Hauts-de-Seine), le 29 mars 1968. (ARCHIVES)

Avant le mouvement de Mai 68, il y a eu un mouvement très localisé, en mars. Le 22 mars 1968 est le jour où tout a commencé, à Nanterre. Ce mouvement spontané est né dans l’université à l’ouest de Paris, puis s’est ensuite déplacé à Paris au mois de mai, dans le cadre universitaire, avant de s’étendre au monde du travail.

Que disent les archives de ce fameux 22 mars 1968 ? Avec une question fondamentale : les contemporains avaient-ils le sentiment de vivre un événement ? Cette semaine, nos confrères de France Inter consacrent une grande semaine aux événements de mai 68, et l'émission "Affaires Sensibles" se penche sur le 22 mars 1968 précisément.

Le 22 mars 1968 peut en cacher un autre

On parle bien d’un mouvement étudiant dans le 13 heures de France Inter, le 23 mars 1968, les événements du 22 s’étant déroulés jusque dans la nuit : "Hier soir, le recteur devait intimer l'ordre aux étudiants en grève d'évacuer les locaux. Il s'était heurté à une fin de non-recevoir. L'école avait alors été cernée par les miliciens et c'est semble-t-il pour éviter des heurts que les étudiants ont évacué les bâtiments. Aujourd'hui, des mots d'ordre circulent dans la capitale polonaise, les universitaires peignent sur les façades des slogans où se retrouve les mots 'démocratie' et 'liberté'."

Il s'agit bien d'événements, mais à Varsovie, en Pologne, pas à Nanterre. Le plus fou, c’est que non seulement le journal de 13 heures n’en dit pas un mot, mais qu’en plus, après ce reportage sur Varsovie, on propose un tour du monde de l’agitation sur les campus, à Milan, à Madrid et à Washington. Rien sur Nanterre.

Deux hypothèses : soit l’occupation de la tour administrative de l’université n’est pas perçue comme un événement suffisamment important pour être évoqué à la radio. Soit, à l’inverse, la radio encore largement sous contrôle politique préfère passer sous silence cet événement trop important.

Des signes avant-coureurs en mars 1967

N’exagérons pas le silence de la radio publique. En 1967, elle a évoqué les premiers mouvements, en mars, guidés par la volonté des garçons de pouvoir aller librement dans les étages des filles de la résidence universitaire. Et le 26 mars, est programmé dans l’émission de télévision "Tel Quel" un reportage sur le "nanterrisme", évidemment tourné bien avant le 22 mars. Et à regarder ce reportage, la révolte était bel et bien dans l’air du temps.

L’un des professeurs de Nanterre, l’écrivain Robert Merle saisit parfaitement l’enjeu immédiat, et l’enjeu bien plus profond : "On doit obtenir des autorités que l'étudiant reste plus de trois ans à la résidence. Secundo, liberté absolue de réunions et tertio que ce soit eux qui fassent l'animation culturelle et non pas qu'on la fasse pour eux. C'est à dire, ils repoussent le paternalisme."

"Ils repoussent le paternalisme", et c’est en effet un vaste mouvement de rejet de l’autorité, d’affirmation de la jeunesse qui va s’enraciner à Nanterre. Robert Merle, qui était alors en pleine écriture de son roman Derrière la vitre consacré à ce mouvement étudiant, avait saisi la portée d’un événement passé inaperçu au moment des faits, ce qui doit nous conduire à une certaine modestie dans le traitement de l’info au jour le jour.

Des étudiants occupent la Faculté des lettres et des sciences de Nanterre (Hauts-de-Seine), le 29 mars 1968.
Des étudiants occupent la Faculté des lettres et des sciences de Nanterre (Hauts-de-Seine), le 29 mars 1968. (ARCHIVES)