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Histoire d'info. En 1955, Emmett Till, Noir de 14 ans, était lynché sur un mensonge

62 ans après le drame, l'affaire Emmett Till rebondit. "Un don de dieu" pour sa famille.

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La tombe d\'Emmett Till à Alsip dans l\'Illinois, le 4 mai 2005.
La tombe d'Emmett Till à Alsip dans l'Illinois, le 4 mai 2005. (TANNEN MAURY / EPA)

Un historien américain vient de relancer l’enquête sur la mort d’Emmett Till, une histoire qui avait choqué l’Amérique et le monde, en 1955. À bien des égards, les années 1950 paraissent comme la quintessence du rêve américain. Mais c’est oublier bien vite la question raciale, dont l’histoire d’Emmett Till rappelle l’horreur au milieu des années 1950.

En août 1955 Emmett Till est un jeune homme de 14 ans qui vit à Chicago. En ce mois d’été, sa mère le conduit à la gare. Emmett prend le train en direction du Sud, vers le Mississippi, où il doit passer deux semaines chez son grand-oncle et ses cousins. Le dépaysement est total pour Emmett, d’autant qu’il arrive dans un comté rural.

Un premier mensonge

À 14 ans, on aime bien faire le malin, Emmett adore raconter à ses cousins qu’il a une petite amie blanche à Chicago. Une relation totalement inimaginable pour des Noirs du Sud qui doivent descendre du trottoir quand ils croisent une femme blanche dans la rue et, surtout, baisser les yeux.

Ses cousins lui lancent alors un défi. Aller dans l’épicerie voisine et proposer un rendez-vous à la femme blanche à l’intérieur, Carolyn Bryant. Il entre, achète quelques bonbons, la siffle et lui lance en sortant : "Bye, baby !"

Un second mensonge, qui sera fatal

Selon les révélations de l’historien Timothy Tyson, basées sur les propos de de Carolyn Bryant elle-même, la femme ment ensuite à son mari en lui racontant que le jeune Noir l’a attrapée par la taille et la poitrine et lui a fait des avances.

Fou de colère, le mari, Roy Bryant, et son beau-frère se rendent chez le grand oncle d’Emmett. Ils l’emportent avec eux. On retrouvera son corps dans la rivière Tallahatchie, un œil crevé, une balle dans la tête, le corps lesté d’une égreneuse à coton de 30 kg.

Une mort doublée d'une

Devant l’état du corps, la mère d’Emmett choisit un enterrement avec le cercueil ouvert, "pour que le monde entier voit ce qu’ils ont fait à mon fils". La photographie du visage d’Emmett Till se diffuse dans la presse nationale et choque profondément.

Et pourtant, la justice sera clémente pour les deux tueurs. Le jury populaire, entièrement blanc, dans le Mississippi, les déclare non coupable après moins d’une heure de délibération. Les deux hommes avoueront leur crime à un journal quelques mois plus tard contre 4 000 euros, mais on ne peut être jugé deux fois pour le même crime. En revanche, souffrant du boycott de leur épicerie par les Noirs, ils feront faillite et finiront dans la misère.

62 ans plus tard, la famille d’Emmett a accueilli la révélation des mensonges de Carolyn Bryant par ces mots : "C’est un don de Dieu."

La tombe d\'Emmett Till à Alsip dans l\'Illinois, le 4 mai 2005.
La tombe d'Emmett Till à Alsip dans l'Illinois, le 4 mai 2005. (TANNEN MAURY / EPA)