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Auschwitz, de l'inimaginable au négationisme

A l'occasion du 70e anniversaire de la libération d'Auschwitz-Birkenau, retour en archives sur la crainte du révisionnisme, puis du négationnisme, crainte qui rode dès 1945, avant d'élargir son audience dans les années 1970-80. Les travaux des historiens n'étant plus suffisant, l’État décide d'intervenir. C'est le sens des lois Gayssot de 1990

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(Auschwitz, de l'inimaginable au négationnsisme © L'histoire vivante)

En septembre 1945, cela fait quelques mois seulement que le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau a été libéré par les Alliés. Et déjà se sent la crainte de voir la réalité des camps de la mort niée en raison de leur caractère inimaginable.

C'est pour cette raison que Pelagia Lewinska, rescapée et auteure de "Vingt mois à Auschwitz" est invitée sur les ondes françaises.

Le journaliste l'accueille par ces termes :

"Il ne me semble pas qu'on sache suffisamment. Il faut qu'on sache. Car en dépit des articles de journaux, des brochures, le public en général méconnaît ce que fut exactement l'enfer inédit des bagnes hitlériens ."

Ces craintes sont légitimes. D'abord, dès la fin des années 1940 Paul Rassinier et Maurice Bardèche, puis le sinistre Robert Faurisson  qui fera surtout parler de lui à la fin des années 1970.

La fin des années 1970 libère la parole révisionniste. Le 28 octobre 1978, l'Express publie une interview de Louis Darquier de Pellepoix, commisssaire général aux Questions juives sous Vichy. Réfugié dans une Espagne qui ferme les yeux, l'un des antisémites fieffés des années 1935-44 répond en ces termes aux questions du journaliste Philippe Ganier-Raymond.

"Je vais vous dire, moi, ce qui s'est exactement passé à Auschwitz. On a gazé. Oui, c'est vrai. Mais on a gazé les poux. "

En 1987, l'historien Henri Rousso propose d'abandonner le terme de "révisionniste", qui au départ parle de ceux ayant réclamé une révision du procès Dreyfus, pour le néologisme "négationniste" parce qu'au fond, c'est de ça dont il s'agit, la négation purement et simplement de la réalité de la Shoah.

En 1982, l'écrivain Elie Wiesel, l'un des grands témoins des camps est l'invité de Jacques Chancel à qui il donne son avis sur ces négationnistes et leur négation des chambres à gaz.

"Ces gens sont moralement dérangés ! Ce sont des gens à qui je n'accepterai jamais de parler... Et s'ils le disent, c'est qu'ils osent le dire... "

"Ils osent le dire"... Et les travaux des historiens, les témoignages ne font pas diminuer leur audience. Une audience si forte que l'État décide d'intervenir. En 1990, sur une proposition du parti communiste est votée une loi visant à faire du racisme un délit. Et cette loi comporte une dimension spécifique sur la Shoah.

Nier l'existence du génocide juif par les nazis devient un délit.

A l'échelle internationale, dans un contexte d'escalade verbale de l'Iran qui offre une tribune aux négationnistes, en janvier 2007, les Nations Unies adoptent la résolution 61/255. Celle-ci condamne "sans réserve tout déni de l'Holocauste" et engage "vivement tous les Etats Membres à rejeter sans réserve tout déni de l'Holocauste en tant qu'évènement historique, que ce déni soit total ou partiel, ou toute activité menée en ce sens". 

Avec le vote des lois Gayssot, certains se sont émus de voir le travail des historiens qui serait désormais contraints par la loi. Mais 70 ans après la libération d'Auschwitz-Birkenau, et en raison de la disparition des derniers témoins, le travail des historiens est aujourd'hui plus que jamais primordial pour lutter contre le fléau du négationnisme.

(Auschwitz, de l'inimaginable au négationnsisme © L'histoire vivante)