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21 mars 1973 : fin de la construction de grands ensembles

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Le diagnostic est ancien. En 1973, le ministre de l'équipement et du logement, Olivier Guichard signe une circulaire marquant la fin de la construction des grands ensembles, porteurs selon lui de "ségrégation sociale". 42 ans plus tard, après de multiples plans pour les banlieues, ce diagnostic semble toujours d'actualité.
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Radio France
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 (Les immeubles de Lyon La Duchère, 9e arrondissement. 1962 © Maxppp)

Olivier Guichard, ministre de l'Équipement et du Logement, le 21 mars 1973 : "Une société unie n'est pas une société sans différences, mais une société sans frontières intérieures "

Le gaulliste Olivier Guichard est à Rosny-sous-Bois dans l'est parisien. Il vient de signer une circulaire visant à mettre fin à la construction des grands ensembles, convaincu que la politique urbaine doit s'adapter en construisant des ensembles plus petits et surtout en variant le type d'habitat. Il s'en explique sur les ondes françaises :

"Ils [les grands ensembles] ne correspondent plus aux aspirations des français. Dans la mesure où ils sont très grands, ils sont un facteur de ségrégation sociale !"

Ségrégation, le mot est lancé. Mais malgré quelques efforts, le contexte économique morose  ne permet pas de supprimer totalement certains effets pervers des grands ensembles, ces mêmes effets que Guichard combattait en 1973, la ségrégation sociale, et l'éloignement du lieu de travail.

Toutefois, en 1976, malgré ce contexte, le successeur d'Olivier Guichard, Jacques Barrot fait preuve d'une belle assurance lors d'un débat sur France Inter :

"Nous allons mettre un terme à la ségrégation ! "

Et de fait, un an plus tard, il lance le premier "plan banlieue", premier d'une très longue série. Un plan qui met l'accent sur l'urbanisme et sur la réhabilitation des HLM. Mais bien vite, son plan se heurte à une autre réalité. Une réalité qui éclate au grand jour  la fin de l'été 1981, lorsque de violents affrontements opposent jeunes et forces de l'ordre dans la cité des Minguettes à Vénissieux, dans la banlieue lyonnaise. A cette occasion, une éducatrice témoigne sur France Inter :

"Je crois que les années à venir seront très difficiles. On parle de la génération des jeunes qui ont actuellement vingt ans. Mais moi je pense qu'il y a une autre génération de jeunes, dont on ne parle pas du tout, pour qui l'existence sera encore plus dure si on ne fait rien. "

Un discours qui sonne terriblement juste et presque prophétique aujourd'hui, 34 ans après. Dans la foulée de ces évènements, et cela deviendra une habitude, un plan un nouveau plan banlieue est annoncé. Appliqué en 1982, celui-ci consiste à envoyer les jeunes des cités en vacances l'été pour que les évènements des Minguettes ne se reproduisent pas.

Depuis 30 ans, ces plans se sont ainsi succédés à un rythme régulier, mêlant prévention et répression, bénéficiant de moyens souvent colossaux. En 1995, par exemple, Juppé affirme vouloir :

"Mettre le paquet ! "

Combien de "plan Marshall" annoncés. Alors peut-être s'est-on beaucoup trompé au cours des dernières années en ce qui concerne la banlieue. Mais qui peut dire aujourd'hui ce que serait la situation sans cette implication de l'Etat ?

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