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SFR/Numericable : la gauche à l'épreuve du capitalisme

Le rachat de SFR par Numericable en dit beaucoup sur les évolutions de la gauche mais, aussi, de la France. Nous sommes passés d'une politique de régulation à une politique de concurrence. Nous avions des contraintes, nous avons désormais la compétition. Même si cela ne plaît pas forcément au gouvernement. Analyse.

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Faut-il trois ou quatre opérateurs de téléphonie mobile et fournisseurs d'accès à Internet en France ? Nous avions Orange, SFR, Bouygues principalement, et depuis 2012 Free mobile.

Depuis plusieurs mois, Vivendi,qui possède SFR, voulait vendre son réseau mobile et fixe, avec pour objectif de se concentrer sur les contenus et les médias et non plus les télécoms. Deux possibilités se dessinaient : vendre SFR à Bouygues, qui était acheteur, ou à Numericable, un géant luxembourgeois du câble et de la fibre optique. Et c'est finalement l'offre Numericable qui l'a emportée ce week-end.

Qu'est-ce que cela change pour le consommateur ?

Si Bouygues avait racheté SFR, on serait passé de 4 à 3 opérateurs de téléphonie mobile. Moins de concurrence donc, peut être des prix plus élevés pour les consommateurs, mais des bénéfices plus faibles pour les actionnaires. C'est là où le rôle du gouvernement est intéressant : en général, la gauche veut plus de régulation et plus de concurrence pour aider les consommateurs. On se souvient de la phrase d'Arnaud Montebourg :

"Xavier Niel vient de faire avec son nouveau forfait illimité plus pour le pouvoir d'achat des Français que Nicolas Sarkozy en 5 ans."

Mais ça, c'était avant. Quand il était dans l'opposition. Depuis qu'il est ministre, Arnaud Montebourg a changé de ligne, et a préféré le rachat de SFR par Bouygues et un retour à trois opérateurs au lieu de quatre.

Réguler le marché est difficile, et le gouvernement est de plus en plus impuissant pour le faire. Faut-il autoriser les fusions-acquisitions ou pas ?, c'est le débat. Qui régule ?, c'est la seconde question. Le gouvernement, l'ARCEP, ou encore le Commissaire européen à la concurrence ? Et puis il y a l'emploi...

D'une politique de régulation à une politique de concurrence

On passe donc d'une politique de régulation à une politique de concurrence. Nous avions des contraintes, nous avons désormais la compétition. Nous sommes passé de Roosevelt à Reagan ; de Montebourg I - dans l'opposition - à Montebourg II - dans le gouvernement -.

Au final, cela en dit beaucoup sur les évolutions de la gauche mais, aussi, de la France. Quoi qu'on en dise, la France se rapproche de la conception américaine de la concurrence, qui est aussi celle de Bruxelles : privilégier les grands groupes et une économie de marché dynamique et compétitive.

Nous aurons donc toujours quatre opérateurs mobiles et quatre fournisseurs d'accès à Internet. Pas sûr que cela fasse totalement plaisir au gouvernement, devenu une sorte de régulateur empêché. Une politique moderne de concurrence doit tenir compte de tous les critères à la fois : l'emploi, l'investissement, le droit des consommateurs, etc. Conclusion paradoxale : la concurrence est assurée désormais par l'économie de marché d'abord, elle-même, et non plus seulement par la régulation.

 

* Pour aller plus loin :

  • Elie Cohen, Le nouvel âge du capitalisme , Fayard, 2005

  • Daniel Cohen, Nos temps modernes , Flammarion, 2000

– Paul Starr, The Creation of the media, Political origins of modern communications, Basic Books, 2004
 
– Mara Einstein, Media Diversity, Economics, Ownership and the FCC , Routledge, 2004

– Edwin C. Baker, Media Concentration and Democracy : why ownership matters , Cambridge University Press, 2006

– Robert W. McChesney, Rich Media, Poor Democracy, Communications Politics in Dubious Time , University of Illinois Press, 1999

 

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