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Français du monde. Coronavirus : "Wuhan est devenue une ville fantôme" témoigne un médecin

Population cloîtrée dans les appartements, usines à l'arrêt, rues vides. À Wuhan, la capitale tentaculaire de la province du Hubei, au centre de la Chine, d'où est partie l'épidémie de coronavirus 2019-nCoV, le temps s'est arrêté.

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Le docteur Philippe Klein devant l\'entrée de la clinique qu\'il dirige à Wuhan : \"Je ne me sens pas véritablement en danger, mais comme tous mes confrères, on vit en permanence avec les microbes donc on prend les mesures pour se protéger\".
Le docteur Philippe Klein devant l'entrée de la clinique qu'il dirige à Wuhan : "Je ne me sens pas véritablement en danger, mais comme tous mes confrères, on vit en permanence avec les microbes donc on prend les mesures pour se protéger". (PHOTO INTERNATIONAL SOS)

Sur les larges avenues désertes de Wuhan, la capitale tentaculaire de la province du Hubei, au centre de la Chine, on ne croise guère que la voiture de ce médecin français qui brave l'interdiction de circuler pour visiter ses patients.

Cela fait six ans que le docteur Philippe Klein vit à Wuhan, jamais, dit-il, la mégapole n'a autant ressemblé à une ville fantôme.

Imaginez une ville de 11 millions d’habitants, avec ses bouchons, avec sa vitalité, comme toutes les grandes villes asiatiques, imaginez cette ville où il n’y a plus personne, depuis 15 jours, voir cette ville à l’arrêt, figée, c’est inouï.

Philippe Klein, médecin français à Wuhan

Chaque jour ou presque, les autorités chinoises prennent de nouvelles mesures de confinement pour tenter d'isoler le virus. "Des supermarchés sont ouverts, approvisionnés, on voit les Chinois sortir de chez eux, mais très peu pour venir s’approvisionner. Il n’y a pas de pénurie à Wuhan, on peut manger, survivre." 

Un homme porte un masque dans une rue de Wuhan (Chine) le 26 janvier 2020 pendant l\'épidémie de coronavirus.
Un homme porte un masque dans une rue de Wuhan (Chine) le 26 janvier 2020 pendant l'épidémie de coronavirus. (HECTOR RETAMAL / AFP)

Cette année donc, les familles de Wuhan n'ont pas été autorisées à retourner chez elles, à la campagne, pour le Nouvel an chinois.

"Les gens sont là, des millions de familles, dans leurs appartements, attendent que le temps passe, suivent avec anxiété l’évolution de cette épidémie, passent leur journée à s’occuper et surtout à occuper les enfants." 

Né à Metz, où il a exercé 20 ans comme généraliste, avant de passer deux ans en Afrique, comme médecin, dans une mine d'or du désert du Sahara, le docteur Klein dirige une clinique internationale à Wuhan, pour le compte d'International SOS, le groupe français leader mondial de l'assistance aux expatriés.

Vue aérienne de la ville de Wuhan (Chine) aux avenues complètement vides, le 27 janvier 2020. 
Vue aérienne de la ville de Wuhan (Chine) aux avenues complètement vides, le 27 janvier 2020.  (HECTOR RETAMAL / AFP)

Vision surnaturelle

L'hôpital a été réquisitionné par les autorités chinoises pour y accueillir les personnes infectées par le coronavirus 2019-nCoV. Du coup, c'est chez eux, à domicile, que le médecin continue de visiter ses patients :

"Il y a donc une mesure d’interdiction de circulation depuis 2 ou 3 jours, après la mise en quarantaine de la ville, mais j’utilise mon véhicule et pour l’instant personne ne m’a jamais arrêté, mais peut-être que je vais perdre des points, ou que j’aurai des amendes, donc il faudra que je négocie par la suite, mais en tout cas, oui, je circule dans la ville, ce qui me permet d’avoir une vision assez surnaturelle." 

La plupart des expatriés français ont quitté Wuhan. Ils ne sont plus que quelques dizaines aujourd'hui. Le docteur Klein a renvoyé son épouse et son fils en France, par le deuxième avion. Ils ont aussitôt été placés en quarantaine à Carry-le-Rouet, près de Marseille.

Une rue déserte de Wuhan après l\'interdiction des véhicules non essentiels dans le centre de la ville, dimanche 26 janvier 2020. 
Une rue déserte de Wuhan après l'interdiction des véhicules non essentiels dans le centre de la ville, dimanche 26 janvier 2020.  (REUTERS)

Lui a préféré rester : "C'est mon travail, c’est ce que je fais de mieux, je ne me sens pas véritablement en danger, mais comme tous mes confrères, on vit en permanence avec les microbes, donc on prend les mesures d’hygiène pour se protéger, je me protège du mieux possible, mais le risque me semble maîtrisé." 

Le médecin tente de relativiser l'affolement médiatique autour de ce nouveau coronavirus chinois. Chaque hiver, rappelle-t-il, la grippe saisonnière provoque plus de 650 000 décès à travers la planète.

Lui écrire : klein.philippe@outlook.com

Les voitures électriques sont encore rares à Wuhan.
Les voitures électriques sont encore rares à Wuhan. (Thibaud Le Meneec)

Aller plus loin

Sa société, International SOS, le groupe français leader mondial d'assistance aux expatriés

Retrouvez cette chronique dans le magazine, l'appli et le site internet de la mobilité internationale "Français à l'étranger.fr"

Le docteur Philippe Klein devant l\'entrée de la clinique qu\'il dirige à Wuhan : \"Je ne me sens pas véritablement en danger, mais comme tous mes confrères, on vit en permanence avec les microbes donc on prend les mesures pour se protéger\".
Le docteur Philippe Klein devant l'entrée de la clinique qu'il dirige à Wuhan : "Je ne me sens pas véritablement en danger, mais comme tous mes confrères, on vit en permanence avec les microbes donc on prend les mesures pour se protéger". (PHOTO INTERNATIONAL SOS)