Eric Zemmour : la religion comme argument politique

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Tous les jours, Clément Viktorovitch décrypte les discours politiques et analyse les mots qui font l'actualité.

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Radio France
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Eric Zemmour, candidat à l'élection présidentielle de 2022, prononce un discours près du Mont-Saint-Michel en Normandie, le 19 février 2022. (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

Revenons sur l’une des images du week-end, le meeting d’Eric Zemmour devant le Mont-Saint-Michel. Un événement très commenté, notamment par les adversaires du candidat à la présidentielle 2022, qui ont raillé la foule clairsemée venue écouter le discours. Ce qui a retenu mon attention dans ce meeting, c'est le retour de la religion en tant qu’argument politique.

En effet, et ce n’est pas une mince affaire puisque, dès lors que vous admettez la religion comme un argument politique, vous ouvrez la possibilité que la politique aboutisse à une guerre des religions. Mais, pour lors, revenons à ce meeting.

Quelques centaines de personnes étaient venues mettre les pieds dans la boue pour écouter Eric Zemmour, l’affluence était aussi faible que les images étaient belles. Il a, bien sûr, parlé du Mont-Saint-Michel comme une métaphore de la France éternelle. Mais il n’a pas fait que cela, il a également parlé de Saint Michel lui-même : "Saint Michel, l'ange qui dirige l'armée des anges contre celles des démons dans le combat éternel que ce livre le bien et le mal depuis des millénaires. La première phrase de la prière à Saint Michel est 'défendez-nous dans le combat'. Je pense que les nations ont aussi un combat spirituel à mener."

Il se passe beaucoup de choses dans cet extrait, qui méritent qu’on s’y attarde. La première, c’est bien entendu la référence longuement développée à l’archange Saint Michel. Eric Zemmour évoque l’ancien et le nouveau testament. Il va jusqu’à citer explicitement une prière catholique. C’est tout à fait inhabituel, dans un discours tendu vers la présidence de la République. Rappelons que la France est laïque. La loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État dispose que "La République ne reconnaît aucun culte".

Un parallèle entre le combat spirituel et celui de la nation

Est-ce que cela signifie que les responsables politiques n’ont pas le droit de citer des références religieuses dans leurs discours ? Absolument pas non. D’ailleurs, quelqu’un comme Christine Boutin ne s’en est jamais privé. En revanche, cela signifie qu’aucune référence religieuse ne devrait être considérée comme fondement recevable d’un argument politique dans un discours destiné à un large public. Ne nous trompons pas : ici, la parole d’Eric Zemmour est un acte. Elle est perlocutoire, comme disent les linguistes. En parlant de Saint Michel sans la moindre retenue, Eric Zemmour ne se contente pas d’émettre du symbole : il contribue à donner corps à sa propre idée, selon laquelle la France peut et doit s’affirmer comme pays chrétien.

Cela signifie qu’il s’extrait de la tradition républicaine en partie. D'ailleurs, il ne s’en cache pas, il conclut toutes ses déclarations par " Vive la République, et surtout, vive la France". Mais il y a plus encore. Eric Zemmour ne se contente pas de citer Saint Michel : il dresse un parallèle entre le combat spirituel du bien contre le mal, et le combat que les nations ont à mener, et singulièrement la nation française. Quel est ce combat ? Il s’en explique à la fin de son discours, justement : "Défendez-nous dans le combat demandait les catholiques à Saint Michel, c'est aussi ce que demandent les Français à leur État quand survient le mauvais temps de l'histoire. Rien n'y personne ne nous fera reculer devant l'adversité et les orages de l'histoire. Vive l'indépendance, vive la puissance, vive la souveraineté; Vive la République et surtout, surtout, vive la France."

"Le mauvais temps de l’histoire ; les orages de l’histoire" On a ici des périphrases. Eric Zemmour parle sans le nommer du danger qui menace la France ; celui contre lequel il faut se défendre et ne pas reculer. Durant tout ce discours, jamais il ne le cite explicitement. Mais il suffit d’écouter ses autres déclarations pour comprendre, sans l’ombre d’un doute que, pour lui, cet ennemi, c’est l’Islam. Or, n’oubliez pas que tout le discours est structuré par la référence à Saint Michel, l’archange du bien qui mène, et il le précise lui-même, le combat militaire contre le mal. À nouveau, la pensée d’Eric Zemmour se déploie comme un puzzle. Mais une fois que toutes les pièces sont rassemblées, le tableau se révèle dans une clarté diaphane. Ce candidat à la présidence de la République ne se contente pas de prophétiser un conflit de civilisation. Il appelle, tout simplement, à la guerre des religions.

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