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En un mot. La prison, cet enfer

En un mot, c’est le mot de l’actu du jour. Celui qui n’échappe à personne. En tout cas, pas à Nathalie Bourrus.

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La maison d\'arrêt de Carcasonne, en juin 2017.
La maison d'arrêt de Carcasonne, en juin 2017. (REMY GABALDA / AFP)

Le mot du jour, mardi 26 septembre, c'est prison. Quatre détenus ont assigné l'Etat en la personne du préfet du Gard pour mise en danger d'autrui. Ils dénoncent la surpopulation carcérale dans la maison d'arrêt de Nîmes. Le tribunal s'est déclaré incompétent et s'en remet au législateur.

Prison. Qui vient du latin prehensio, qui signifie "prise", "prendre", "prendre une personne, lui ôter sa liberté". Le préfet du Gard était assigné pour "mise en danger d’autrui". La prison de Nîmes, la plus surpeuplée en France, est montrée du doigt. Cela fait bien longtemps que l’état du milieu carcéral dans l’Hexagone est dénoncé. L’Arlésienne… Ce n’est plus un milieu, c’est un monde carcéral. Un monde à part.

"On s'en fiche, ils doivent payer"

Je me suis rendue à de multiples reprises, dans des établissements pénitentiaires. Et à chaque fois, j’en suis ressortie bouleversée. Quand on est à l’intérieur, entre quatre murs, serrés les uns contre les autres, dans un état de promiscuité d’une folle indécence… on se demande comment on peut tenir…

"On s’en fiche, ils ont été condamnés, ils doivent payer." Ça, c’est la phrase type. Sauf que, bien souvent, ils ou elles sont en attente d’une éventuelle condamnation. Et en attendant, des mois, voire des années… leur rage décuple. Le vide s’installe. Que faire de ses journées, en prison ? "On s’en fiche, ce n’est pas un quatre étoiles la prison !", entend on, à l’infini.

"Un truc de fou"

Au départ, dans son histoire, la prison était très très loin d’un quatre étoiles. On excluait la personne dite déviante, ou malade, ou vagabonde, ou prostituée. Michel Foucault décrit tout cela dans son livre Surveiller et punir devenue une bible en la matière. Il raconte comment on cherchait à faire disparaitre de la société ces personnes que l’on ne savait pas comment contrôler, qu’on ne voulait pas comprendre, ces fous… comment on les exécutait en place publique.

Puis, les choses ont évolué dans l’histoire moderne. L’idée de réparation a émergé. Le prisonnier devait payer sa dette vis-à-vis de la société… en étant enfermé. Mais aussi en travaillant. Puis, le travail est devenu un droit pour la personne incarcérée. Finalement, très peu y arrivent… les places sont chères.

Je me souviens d’un détenu. Il me racontait que la surpopulation enrayait tout le reste. "On est nombreux, on est dans un tel état, on ne dort pas, on prend des médocs… Au bout d’un moment, même si on a obtenu une place pour travailler ou s’occuper, on ne se lève pas le matin. Donc, on perd sa place, et on repart à zéro." Il parlait "d’un truc de fou". Fou, comme ces fous qu’on enfermait, il y a bien longtemps. En un mot, en une question : est-on revenu à l’âge de pierre, dans nos prisons ?          

La maison d\'arrêt de Carcasonne, en juin 2017.
La maison d'arrêt de Carcasonne, en juin 2017. (REMY GABALDA / AFP)