En route vers Paris 2024. La dépression chez les sportifs

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Cécilia Berder, membre de l’équipe de France d’escrime, est en pleine sélection pour les JO de Tokyo, des Jeux aujourd'hui reportés en principe à cette année 2021. Elle nous fait vivre de l’intérieur le quotidien d’un athlète de haut niveau.

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Radio France
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Cécilia Berder, lors de la coupe du monde à Orléans (BIZZI TEAM)

En route vers Paris 2024 évoque cette semaine un sujet qui peut toucher tout le monde et où les sportifs ne sont pas épargnés: la dépression.

Derrière les corps musclés, la rage de vaincre, la quête de progrès et la quête de victoires, les cas de dépression chez les sportifs existent. J'ai croisé durant ma carrière, parfois sans même le savoir, des athlètes chez qui les pensées accablantes, les excès d'alcool, les envies suicidaires existaient, mais étaient très souvent bien cachées par le sportif.

Évidemment, pour ces athlètes, la période actuelle n'aide pas à vaincre cet état dépressif. On avait habitué notre tête à voyager, à avoir des objectifs tous les week-ends. Aujourd'hui, certains vont davantage à l'entraînement par habitude que pour un objectif bien précis.

Des corps au repos forcé

Autre vice de cette période, on a goûté, pendant le premier confinement et avec l'arrêt total des entraînements, à un corps sans douleur, à des réveils sans avoir de mal à lever sa carcasse. Dans des sports où il faut violenter son corps et répéter inlassablement les gestes comme la gymnastique, la natation et bien d'autres, il est parfois difficile de relancer la machine.

Pour les entraîneurs aussi, cette période est pesante. Comment et à quoi préparer les athlètes ? Ils ont eux aussi perdu le cadre, et certains ont tiré très fort sur les athlètes pour rattraper le temps perdu.

A travers son activité professionnelle, Stéphane Clech, accompagnateur de la performance INSEP, ressent grandir un mal-être chez de nombreux athlètes. Il veut sensibiliser à cette question . Pour lui, il y a urgence à un peu plus de trois ans d'accueillir les Jeux de 2024 sur notre territoire.

L'accompagnement mental, une nécessité

La première difficulté consiste à trouver les cas. La parole commence à se déculpabiliser, mais pour lui, les athlètes restent encore trop souvent leur propre frein, avec des idées reçues comme "où est le soi fort quand on est suivi ?"

La clé réside dans la communication. Il explique: "L'accompagnateur n'est pas la pour bousculer mais pour questionner les croyances, les à priori, questionner ce qui ne va pas et ne pas laisser les pensées noires noircir trop longtemps."

Pour ce préparateur mental, "c'est même assez simple de s'en sortir. C'est un travail de construction, de consolidation, on ne parle pas de mettre un pansement sur une fracture."

Selon l'accompagnateur, il en va aussi de la responsabilité des entraîneurs : "ils ont l'injonction de connaître leur athlète et de gérer toutes les facettes de la préparation. Mais il est tout aussi important d'ouvrir avec une aide extérieure et d'ajouter un ingrédient supplémentaire dans la recherche de haut niveau".

Bien sûr, il faut savoir vers qui se tourner. Mais plus on va en parler, et plus ce sera facile d'aider, d'intervenir. Avec ce travail sur le psychisme, l'athlète pourra se redécouvrir et faire émerger un nouveau regard sur sa pratique. Surtout pour la nouvelle génération, Stéphane Clech, me l'a bien précisé : "Il est encore temps d'agir pour vivre pleinement et sereinement cette olympiade vers les Jeux de Paris 2024."

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