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La Corée du Nord repère dès l'école primaire sa future élite de cyber-espions

Les pirates informatiques nord-coréens ont été accusés d’avoir volé des plans militaires sud-coréens ultrasecrets : aux prémices de ces succès, la formation dès le plus jeune âge des futurs "hackers" d'élite du pays le plus fermé du monde.

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franceinfoFrédéric OjardiasRadio France

Mis à jour le
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Pyongyang, en Corée du Nord, le 15 novembre 2017.
Pyongyang, en Corée du Nord, le 15 novembre 2017. (ED JONES / AFP)

Depuis quelques mois, les pirates informatiques nord-coréens font parler d'eux. On les accuse notamment d’avoir "cyber-braqué des banques", et d’avoir attaqué des plateformes d’échange de bitcoins en Corée du Sud. Comment un pays aussi fermé et pauvre, qui interdit à sa population d’avoir accès à Internet, parvient-il à former des "hackers" aussi efficaces ? 

Un système de formation dès la primaire

Le régime nord-coréen a mis en place un système très élaboré de sélection et de formation. Un système qui rappelle même ceux "mis en place par certains pays pour identifier et former leurs athlètes pour les Jeux olympiques", affirme le spécialiste Martyn Williams, qui vient de donner sur le sujet une conférence à Séoul. Le processus commence dès l’école primaire, avec un accent mis sur les maths et les sciences. Les écoliers le plus prometteurs se voient donner des cours d’informatique, et les meilleurs sont envoyés dans des écoles spéciales.

Les meilleurs sont envoyés à l'étranger

Ensuite, des compétitions de programmation, organisées à l’échelle nationale, permettent aux élèves les plus brillants d’être recrutés. Ils sont recrutés soit par les universités, où ces étudiants apprendront à écrire "d’honnêtes" logiciels, soit par des écoles de "cyber-espions", qui sont gérées par le Parti ou par l’armée – comme la célèbre université militaire "Millim". Ces "hackers" sont ensuite envoyés achever leur formation à l’étranger, souvent dans la Chine voisine, c'est-à-dire dans des pays où l’origine des attaques informatiques sera plus difficile à déterminer.  

Un système "efficace" et peu coûteux

À en juger par les résultats des compétitions internationales de programmation auxquelles participent les étudiants nord-coréens, le système fonctionne. Ces étudiants terminent souvent aux premières places, ce qui est remarquable, quand on sait qu’une infime minorité de Nord-Coréens a accès à Internet. "On peut estimer que les meilleurs hackers, ceux qui vont dans les écoles militaires, sont encore meilleurs", estime le spécialiste Martyn Williams.

Le système fonctionne et cela devrait continuer. Construire un porte-avion coûte très cher, mais former des étudiants au piratage informatique coûte beaucoup moins

Martyn Williams

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"C’est un domaine où la Corée du Nord peut de façon réaliste défier et égaler ses adversaires, tels que les Etats-Unis et la Corée du Sud. C’est pourquoi je pense que cela va continuer dans le futur : les avantages sont immenses", poursuit le spécialiste. On estime à 7 000 le nombre de "hackers" en activité en Corée du Nord.  

Pyongyang, en Corée du Nord, le 15 novembre 2017.
Pyongyang, en Corée du Nord, le 15 novembre 2017. (ED JONES / AFP)