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Immigration clandestine : au Sénégal, la mort du jeune Doudou Faye émeut tout le pays

L'adolescent est décédé sur une pirogue de migrants clandestins. Son père a été arrêté pour avoir organisé son départ.

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Une embarcation sur laquelle des migrants ont navigué (illustration).
Une embarcation sur laquelle des migrants ont navigué (illustration). (HOUSSEM ZOUARI / AFP)

Au Sénégal, "l’affaire Doudou Faye" a fait la une des journaux et choqué la population. Ce jeune garçon, de presque 14 ans, est décédé sur une pirogue de migrants clandestins, en route pour l’Europe.

Il rêvait de devenir footballeur professionnel, mais ses ambitions se sont noyées en mer. Fin octobre, son père a payé près de 400 euros à des passeurs, pour aller en Espagne, via les îles Canaries, au large des côtes marocaines. Quelques jours après le départ, le jeune Doudou est tombé malade jusqu’à en mourir. Selon de jeunes témoins qui ont réussi à s’en sortir, le corps de Doudou a été jeté par-dessus bord par les passeurs. "Le cas Doudou pointe la responsabilité des familles sur ces drames", décrypte Boubacar Sèye, le président de l’organisation internationale Horizons sans frontières. Ce qui explique en partie pourquoi cette histoire a créé une onde de choc dans le pays.

La migration cesse d'être un projet individuel et devient un projet collectif, initié dans les familles et même dans les couples.

Boubacar Sèye, président de Horizons sans frontières

à franceinfo

À la suite de ce drame, le père de Doudou a été arrêté, le 13 novembre, pour avoir payé un passeur et organisé son départ. Une enquête est en cours pour "homicide involontaire et complicité de trafic de migrants".

Alors que d'autres pères de famille sont accusés de faits similaires, ces arrestations ne sont pas une solution, affirme Boubacar Sèye : "Cela risque de ne pas être efficace, parce qu'il n'y a pas plus éprouvé que le père dans cette histoire-là. Donc le père aurait pu quand même bénéficier d'une assistance psychologique." Pour cet expert, l'arrestation du père biaise le débat. "Aujourd'hui, il faudrait s'attaquer aux causes principales : l'extrême pauvreté, les problèmes de mauvaise gouvernance, le chômage endémique et structurel des jeunes. Faisons en sorte que ces passeurs n'aient plus de clients ! Le débat est à ce niveau-là. Redonnons de l'espoir à cette jeunesse pour pouvoir régler le problème", poursuit Boubacar Sèye.

Des réactions nombreuses sur internet

Sur les réseaux sociaux, une journée de "recueillement numérique" a été organisée le 13 novembre, en hommage à toutes les victimes de l’immigration clandestine. Pape Demba Ndione a initié le hashtag #LeSenegalEnDeuil. En moins de 24 heures, 15 000 tweets ont été publiés, beaucoup plus qu’il n’avait imaginé : "Vu l'engouement que ça a pris, c'est clair qu'il va peut-être falloir passer à l'action. Donc il y aura éventuellement une campagne de sensibilisation, mais on essaiera quand même aussi de trouver des solutions pour créer peut-être des emplois. Il ne faut pas toujours attendre de l'État. Moi j'ai une page sur Twitter, @Help221, dont le but est d'aider les jeunes à trouver un emploi ou un stage."

Il faut aussi faire savoir aux jeunes qu'ils peuvent vraiment rester ici et trouver les moyens de réussir.

Pape Demba Ndione, à l'initiative du hashtag #LeSenegalEnDeuil

à franceinfo

Rien qu’au mois d’octobre, plus de 1 500 migrants ont été interceptés par la police sénégalaise et 480 ont péri au large du pays.

Une embarcation sur laquelle des migrants ont navigué (illustration).
Une embarcation sur laquelle des migrants ont navigué (illustration). (HOUSSEM ZOUARI / AFP)