Guerre en Ukraine : en Syrie, un sentiment de "déjà vu"

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La Russie de Vladimir Poutine soutient militairement le régime de Bachar Al-Assad depuis 2015.

Article rédigé par
Aurélien Colly - franceinfo
Radio France
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Une maison détruite par un bombardement russe à Zhytomir (Ukraine) le 2 mars 2022 (EMMANUEL DUPARCQ / AFP)

Le soutien militaire russe a permis au dirigeant syrien de se maintenir au pouvoir au terme d’une guerre sans pitié contre la rébellion. Certes, la Russie est intervenue en Syrie pour aider un régime allié, alors qu’en Ukraine elle intervient pour écarter un régime qualifié d'hostile. Mais il y a beaucoup beaucoup de similitudes entre la séquence qui s’est jouée en Syrie depuis 2015 et qui a débouché sur une mainmise russe sur ce pays et la séquence qui se joue en Ukraine.

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Comme si la Syrie avait servi de laboratoire à Vladimir Poutine pour tester sa politique d’expansion, pour tester ses moyens militaires, pour tester aussi sa marge de manœuvre face aux Occidentaux. "On retrouve la même rhétorique russe, les mêmes mensonges, la même propagande éhontée, estime Karim Bittar, chercheur en science politique. Vladimir Poutine ne fait que répliquer en Ukraine les stratégies, les techniques de guerre qu'il a utilisées en Syrie pendant des années. Les armes russes ont été testées en Syrie, ainsi que les limites de la patience occidentale."

"Le fait que les Etats-Unis n'aient pas été en mesure de le faire reculer en Syrie a conduit Vladimir Poutine à penser qu'il pouvait envahir l'Ukraine sans susciter la levée de boucliers à laquelle il est confronté aujourd'hui."

Karim Bittar, chercheur en science politique

à franceinfo

 La Syrie n’est pas l’Ukraine, le contexte régional n’est pas le même, les objectifs et les enjeux pour la Russie non plus. Mais la rhétorique est la même : pour justifier sa guerre en Ukraine, Poutine met en avant la défense des minorités russophones du Donbass. En Syrie, c’était au nom de la protection des minorités chrétiennes ou alaouites. Pour légitimer la guerre en Ukraine, il dénonce les "néo-nazis au pouvoir à Kiev". Pour légitimer la guerre en Syrie, il avait réduit toute la rébellion syrienne à "des islamistes ou des jihadistes."

Dans un quartier d'Alep (Syrie), après un bombardement le 12 février 2020 (AAREF WATAD / AFP)

La Syrie comme "laboratoire" militaire

La Syrie a véritablement servi de terrain d’entraînement à l’armée russe. Des armes nouvelles y ont été testées. "Plus de 300", se vantait même en juillet dernier le ministre russe de la défense : drones, missiles anti-char, missiles sol-air, avions de combats, équipements de vision nocturne, etc. 60 000 militaires russes y sont passés ces dernières années, pour acquérir de l’expérience de terrain. Et puis c’est en Syrie encore que la Russie a développé le recours à des forces armées clandestines – les mercenaires de Wagner, qui débutent en Syrie, se développent en Afrique, reviennent aujourd’hui en Ukraine. "De Damas à Kiev, c’est la méthode Poutine", résume un journal libanais.

Avec une différence : la réponse des Occidentaux. En Syrie, si la Russie a eu le champ libre pour intervenir en 2015, c’est grâce à leur faiblesse. Ils avaient promis d’intervenir si le régime syrien utilisait des armes chimiques, mais n’ont pas osé le faire. Cette fois, pour l’Ukraine, les Occidentaux sont unis et beaucoup beaucoup plus fermes, avec des sanctions jamais vues et des livraisons d’armes.

Réfugiés : deux poids, deux mesures

La différence de traitements des réfugiés n’a pas échappé à nombre de commentateurs, de journalistes, d’internautes. Pour les Ukrainiens, c’est trains gratuits vers l’Europe. Pour les syriens, c’est mur de barbelés ou camps de réfugiés. "Il y a le sentiment, au Moyen-Orient, d'être confronté à la brutalité d'un leader autoritaire mais aussi à une certaine hypocrisie occidentale, regrette Karim Bittar. Les Occidentaux sont beaucoup plus accueillants envers les réfugiés ukrainiens qui fuient les bombardements de Poutine qu'ils ne l'étaient vis-à-vis des réfugiés syriens qui fuyaient les bombardements du même Poutine. C'est un 'deux poids, deux mesures' pratiqué par les puissances occidentales."

Une inquiétude traverse également la région avec cette guerre en Ukraine, concernant l’approvisionnement en céréale et plus particulièrement en blé. Les pays arabes importent énormément de blé ukrainien ou russe. Pour l’instant ils ont du stock, mais les perturbations sur l’approvisionnement, la flambée des cours, des pénuries auraient des répercussions sociales. 

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