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Grèce : la santé mentale grande perdante de la crise économique

Neuf ans après le début de la crise économique en Grèce, les messages des marchés, des créanciers et même du gouvernement assurent que tout va mieux. Cela est vrai pour les grands indicateurs mais totalement faux pour le domaine de la santé, en particulier celui des maladies psychiques. 

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franceinfoAngélique KourounisRadio France

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Une employée d’hôpital devant le Parlement pendant une marche contre l’austérité le 31 janvier 2013.
Une employée d’hôpital devant le Parlement pendant une marche contre l’austérité le 31 janvier 2013. (YORGOS KARAHALIS / REUTERS)

Cinq des huit asiles psychiatriques du pays ont fermé alors que, justement, à cause de la crise économique, les maladies mentales sont en constante augmentation. 

Hausse alarmante des suicides et des dépressions

Les chiffres sont alarmants. Depuis le début de la crise en 2008, le taux de suicide a augmenté de 35%. Celui des dépressions profondes a quadruplé, et même si ces chiffres restent les plus bas d’Europe, la Grèce est le pays de l’Eurozone où ils augmentent le plus vite. "On ne peut pas gérer lorsqu'on a 30% [de budget] de moins", explique le docteur Odysseas Boudouris, ancien deputé du Syriza, le parti du Premier ministre actuel. Et les conséquences peuvent être dramatiques. "A partir du moment où les gens sont déprimés, ont des maladies psychiatriques, graves ou même moins graves, il est clair que le tissu social fonctionne moins bien. Par conséquent, la société dans son ensemble fonctionne moins bien. L'économie également fonctionne moins bien. Tout fonctionne moins bien, donc c'est un handicap. A partir d'un certain moment, ça peut être un danger", poursuit-il.

Forte proportion d'internements forcés

La santé mentale est la grande perdante de cette crise économique. Dans ce domaine, la Grèce était très en retard. La crise n’a fait qu’aggraver la chose car la pauvrete crée l’exclusion qui entraîne des troubles mentaux et c’est la justice qui intervient. "Dans de nombreux départements, il n’y a pas d’unités psychiatriques dans les hôpitaux, c’est un problème systémique. Et quand il n’y a pas d’aide, le poids sur la famille est trop grand", explique le psychiatre Stellios Stylianidis. Parfois les juges ou les procureurs sont amenés à jouer le rôle d'assistant social.

Les procureurs et juges font office d’assistants sociaux pour trouver des lits dans des asiles. Car si le patient n’y va pas avec la procédure d’internement forcé, il n’y aura pas de lit

Stellios Stylianidis

franceinfo

Un scénario courant. "Malheureusement, c’est un phénomène qui avec la crise se répand beaucoup". Là encore, les chiffres sont édifiants : "En France, le pourcentage des internements forcés sur la totalité des internements est de 12,3%, au Portugal, qui est un pays en crise c’est 3,8%. En Grèce, c’est de 65 à 70%. C’est un vrai problème."

Faible préoccupation des autorités grecques

Le secrétaire général du ministère de la Santé assure que les problèmes psychiatriques en Grèce restent "dans des proportions acceptables" et que vers la mi-janvier l’état des lieux sur la question qu’il a demandé allait être terminé. Manifestement, la santé mentale n’est pas une priorité pour le gouvernement grec.    

Une employée d’hôpital devant le Parlement pendant une marche contre l’austérité le 31 janvier 2013.
Une employée d’hôpital devant le Parlement pendant une marche contre l’austérité le 31 janvier 2013. (YORGOS KARAHALIS / REUTERS)