En Turquie, l’inauguration en grande pompe de l’opéra d’Istanbul

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Tout beau, tout neuf : l’opéra de la place Taksim est sorti de terre en à peine deux ans et demi. Une immense sphère rouge installée au coeur de la ville.

Article rédigé par
Cerise Sudry-Le Dû, édité par Ariane Schwab - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Photo extraite de la vidéo de l'inauguration le 29 octobre 2021 de l'opéra d'Istanbul par la chaîne du service public turque, TRT. (CAPTURE D'ÉCRAN)

Une immense sphère rouge trône désormais en plein cœur du centre moderne d’Istanbul. Avec son tout nouvel opéra, le gouvernement turc entend se placer comme une "ville qui compte" au niveau de la culture et il a mis les petits plats dans les grands. Car en plus de l’opéra de 2 040 places, il y a aussi un théâtre, une librairie, des expositions des cafés, et même un magasin de design !

Avec ce projet monumental, Istanbul cherche à devenir incontournable sur la scène culturelle internationale. Lors de l'inauguration, Recep Tayyip Erdogan lui-même s’est déplacé. Le président s’est félicité de la construction d’un lieu "où bat le pouls de la culture et de l'art" de la Turquie. Et un opéra spécialement créé pour l'occasion a été joué, relatant l'histoire de Mimar Sinan, un célèbre architecte turc qui a construit l’une des principales mosquées d’Istanbul. Le ministre de la Culture s’est empressé de faire savoir dans le weekend que le chef de l’orchestre philarmonique de Londres, venu donner un concert, lui aurait confié que l'acoustique du bâtiment était "la meilleure au monde".  

Une construction polémique

Le lieu choisi pour ériger l’opéra a fait grincer pas mal de dents. Il a beau avoir conservé son ancien nom, le centre culturel Ataturk (AKM), il ne siège pas moins sur les ruines de ce bâtiment, certes vieillissant, mais qui était un des symboles de la république turque et des protestations du parc Gezi en 2013. Les riverains qui s’étaient mobilisés pour protester contre la destruction de l’un des rares espaces verts de la ville avaient été rejoints par des centaines de milliers de manifestants et, aux préoccupations écologiques locales, s’étaient ajoutées des protestations nationales contre la limitation de la vente d’alcool, l’interdiction de s’embrasser dans les transports, la guerre en Syrie... Les photos du bâtiment recouvertes de banderoles contre le gouvernement avaient fait le tour du monde.

Pour Pelin Pinar Giritlioǧlu de la Chambre des urbanistes, pas de doute, le gouvernement a voulu détruire la charge symbolique du bâtiment. "Selon les rapports qui nous sont parvenus, le bâtiment n’aurait pas dû être détruit. Il aurait suffi de le renforcer. Cela montre bien que cette décision n’a rien à voir avec une quelconque volonté de conservation de l’héritage culturel."  Mucella Yapici, de la chambre des architectes, renchérit. Pour elle, ces travaux ne sont ni plus ni moins qu’un massacre culturel : "La frange la plus à droite du gouvernement cherche depuis longtemps à faire correspondre la place Taksim avec leur idéologie."

"À l’intérieur de l’AKM, il y a une sphère rouge. Cela représente une pomme, un symbole nationaliste. Ce bâtiment représente une grande disgrâce dans l’histoire de la société turque."

Mucella Yapici, architecte

à franceinfo

Car impossible de rater l’immense sphère rouge qui trône dans l’entrée du bâtiment. Pendant l’inauguration, une vidéo la montrait d’ailleurs se transformer progressivement en drapeau turc. Alors c’est peu dire qu’avec la mosquée inaugurée il y a quelques mois juste en face, la place Taksim a définitivement changé de visage.

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