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En République tchèque, une porcherie installée sur l'emplacement d'un camp de concentration nazi pour Roms va être démantelée

En République tchèque, l'Etat vient d'autoriser le démantèlement d'une porcherie industrielle, installée depuis près de 50 ans sur l'emplacement d'un ancien camp de concentration où étaient enfermés des Roms. 

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Un homme dépose une fleur en hommage aux Roms morts à Lety, en République tchèque. les bâtiments visibles sont ceux d\'une élevage de porcs, construit sur le site du camp de concentration.
Un homme dépose une fleur en hommage aux Roms morts à Lety, en République tchèque. les bâtiments visibles sont ceux d'une élevage de porcs, construit sur le site du camp de concentration. (MICHAL CIZEK / AFP)

En République tchèque, une décision très attendue vient d’être prise pour le démantèlement d’une porcherie industrielle plus que controversée, située à une centaine de kilomètres au sud de Prague. Cette porcherie a en effet été installée dans les années 1970 sur l’emplacement d’un ancien camp de concentration, à Lety, où ont été internés des Roms. L’Etat tchèque a enfin mis les moyens pour pouvoir nationaliser le site.

Un rachat par l'Etat pour 20 millions d'euros

Lundi 4 décembre, les actionnaires de la société agricole ont décidé en assemblée générale de valider le contrat de vente de la porcherie. L’Etat va débourser 20 millions d'euros pour le rachat du site, mais aussi pour les démolitions et son assainissement.

C’est en tout cas, sauf contretemps, la fin d’un long feuilleton et d’une aberration qui a porté atteinte à l’image de la République tchèque dans le monde, avec des critiques formulées entre autres par le Parlement européen et par l’ONU.  

Juste avant la fin de son mandat cette semaine, le gouvernement tchèque sortant du Premier ministre social-démocrate Bohuslav Sobotka tient ainsi sa promesse de régler cette question. La porcherie avait été installée par les autorités communistes. Depuis la chute du régime, dès les années 1990, plusieurs gouvernements successifs s’étaient heurtés sans succès au problème, officiellement par manque de moyens, mais aussi par manque de réelle volonté politique.  

Un symbole de l’extermination des Roms

Environ 1 300 hommes, femmes et enfants rom sont passés entre août 1942 et mai 1943 par le camp de Lety, la dernière étape pour la plupart d'entre eux avant les chambres à gaz d'Auschwitz-Birkenau. Près de 330 Roms, dont au moins 241 enfants, sont morts à Lety, notamment du typhus. Lety est un lieu de mémoire important pour les Tziganes, pour les Roms tchèques en particulier, puisque 90% d’entre eux ont été assassinés pendant la guerre.

La porcherie et ses milliers de cochons étaient devenus pour beaucoup le symbole de l’antitziganisme en République tchèque. Les Tziganes, qui ne représentent qu’environ 3% de la population, sont souvent visés, en priorité par les mouvements d’extrême-droite. Il y a aussi eu dans le passé des défilés de néo-nazis près de cette porcherie pour protester contre son rachat par l’Etat.   

Un futur lieu de mémoire

Les travaux devraient durer plusieurs mois, mais nombreux sont ceux qui voudraient voir disparaître la porcherie tant que les derniers survivants du camp sont encore en vie. Les discussions sont en cours sur la forme que prendra ce lieu de mémoire, pour rendre enfin leur dignité aux victimes. Des fouilles archéologiques devraient être menées pour tenter de retrouver des traces du camp et c’est le Musée de la culture rom qui va prendre en charge la gestion du site, une fois qu’il aura été nettoyé.  

Un homme dépose une fleur en hommage aux Roms morts à Lety, en République tchèque. les bâtiments visibles sont ceux d\'une élevage de porcs, construit sur le site du camp de concentration.
Un homme dépose une fleur en hommage aux Roms morts à Lety, en République tchèque. les bâtiments visibles sont ceux d'une élevage de porcs, construit sur le site du camp de concentration. (MICHAL CIZEK / AFP)