Cet article date de plus de quatre ans.

En Pologne, les enseignants sous-payés désertent les écoles publiques

Après la rentrée, 10 000 postes d'enseignants sont toujours vacants. Certains démissionnent pour trouver de meilleures conditions de travail dans le secteur privé.

Article rédigé par franceinfo - Thomas Giraudeau
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Une enseignante devant sa classe, le 28 février 2019 (image d'illustration). (JEAN-MARC LOOS / MAXPPP)

En Pologne, la rentrée scolaire est particulièrement agitée cette année. Après la grève illimitée des enseignants au mois d'avril, beaucoup d'entre eux ont quitté les écoles publiques. Le pays connaît une véritable pénurie d'enseignants, d'abord parce que le métier est toujours aussi mal rémunéré. Les professeurs polonais gagnaient entre 500 et 800 euros par mois, avant la grève du printemps. Ils ont demandé 30% d'augmentation et en ont obtenu seulement 10% de la part du gouvernement. Leur rémunération reste largement en-dessous du salaire moyen en Pologne, et tout cela en travaillant 47 heures par semaine, selon un Institut de recherche spécialisé dans l'éducation.

10 000 postes à pourvoir

Exténués, des milliers de professeurs ont fui les écoles publiques pour aller dans le privé ou même changer de métier. Katarzyna Lenarczyk, enseignante d'anglais à Varsovie, a posé sa démission juste après la grève, après sept ans dans le public. "J'ai juste senti que mon travail n'avait plus de sens, confie-t-elle, le gouvernement a montré qu'il n'avait aucun respect pour les enseignants. Il n'a pas cherché à parler avec nous. Nous l'avons vécu comme une insulte. Je me suis donc dit que je devais me préoccuper de moi-même, seule. Au milieu de l'été, j'ai trouvé un travail d'enseignante d'anglais dans une école privée. Ce nouveau poste remplit toutes mes attentes." Katarzyna a beaucoup moins d'élèves dans ses classes et a négocié son salaire à la hausse.

Les écoles publiques polonaises peinent à remplacer les départs. C'est presque mission impossible. Cinq jours après la rentrée, 10 000 postes dont 1 000 à Varsovie, sont encore à pourvoir dans le secteur public. En Pologne, contrairement à la France, ce sont les villes qui ont la charge de toutes les écoles, de la maternelle au lycée. Joanna Gospodarczyk, la directrice du bureau de l'éducation de Varsovie, raconte qu'il "manque des professeurs dans toutes les matières, même pour le catéchisme". "Ce phénomène de départs des professeurs après trois ou quatre ans d'enseignement dans le public, existait déjà. Auparavant, on arrivait à combler le manque. Mais là, même avec l'augmentation des salaires pour les nouveaux professeurs accordée par le maire de Varsovie, cela ne suffit pas", explique la directrice du bureau de l'éducation de Varsovie.

Des établissements surchargés

La capitale offre environ 60 euros par mois supplémentaires aux professeurs les moins bien payés. C'est insuffisant pour les étudiants qui voulaient devenir enseignants. Ils réfléchissent de plus en plus à changer de filière ou à travailler dans le privé.

Les parents d'élève sont assez préoccupés par la réforme de l'éducation, celle contre laquelle se battaient aussi les professeurs au printemps dernier. Elle a tout simplement supprimé le collège et rallongé l'école primaire et le lycée. Toute la réorganisation s'est faite dans une grande précipitation. Les établissements n'ont pas la place d'accueillir tous les élèves. Ils sont surchargés, les cours terminent jusqu'à 19h30 à Varsovie depuis la rentrée. La pénurie de professeurs n'arrange rien à la situation. Au mois d'avril, un peu plus de la moitié des parents soutenait la grève des enseignants.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.