En Palestine, la récolte des olives vire au cauchemar

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La cueillette des olives est une saison importante que l’on passe en famille et une partie de l’héritage palestinien. Mais, entre vandalisme et attaques de colons, la fête tourne court.

Article rédigé par
Alice Froussard, éditée par Ariane Schwab - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
La récolte des olives en Palestine bat son plein, le 25 octobre 2021. (ALICE FROUSSARD / RADIO FRANCE)

En ce moment, toute la Cisjordanie est aux couleurs de la récolte d’olives. Depuis les routes, on aperçoit les grandes bâches noires sous les oliviers sur lesquelles tombent les fruits, les échelles en bois, et des familles entières rassemblées sous les arbres. Mais cette saison traditionnellement festive tourne trop souvent au cauchemar pour de nombreux Palestiniens. Il n’y a pas de matinée sans que des propriétaires d’oliviers ne retrouvent leurs arbres saccagés, brûlés, coupés, ou vidés de leurs olives.

En deux semaines, plus de 1 600 arbres ont été vandalisés, selon les chiffres du bureau des Nations Unies pour les affaires humanitaires (OCHA). Il n’y a pas non plus de semaine sans attaques de colons - un affrontement ritualisé, violent, jets de pierre, gaz au poivre, voitures brûlées, vitres cassées, parfois menaces armées - qui semblent plus intenses que jamais cette année : plus d’une soixantaine d’attaques depuis le début de la saison.

Il y a aussi tous ces propriétaires d’oliviers qui ont perdu des terres, à cause du mur de séparation, et qui s’en désolent à chaque récolte des olives. C’est le cas de Ziad Othman, 62 ans, rencontré pendant la récolte à Jaroushiye, un petit village rural à côté de Tulkarem. Ses champs d’oliviers se trouvent à seulement 30 mètres du mur : "Chaque saison, c'est un challenge entre nous et l'occupation", raconte-t-il, montrant du doigt le mur, et expliquant que ses terres, trop proches, sont considérées "zone militaire" par l'armée israélienne. 

"On avait 40 hectares, qui venaient de mon grand-père. Mais quand ils ont construit ce mur, les Israéliens nous ont pris 17 hectares. Depuis, on n’a plus accès à ces terres, on ne peut pas cueillir ces olives."

Ziad Othman, un agriculteur palestinien

à franceinfo

La seule solution pour les Palestiniens d’avoir accès à ces terres, c’est d’obtenir un permis des Israéliens. Mais Ziad explique que c’était extrêmement compliqué : "Les premières années, ils nous donnaient des permis pour aller sur nos terres et récolter les olives. Et puis, ils ont arrêté. Désormais, si une famille entière demande des permis, peut-être qu’une seule personne, ou deux, en obtiendront. C’est vraiment la preuve qu’ils ne veulent pas que les gens aillent sur leurs terres."

Le mur de séparation en Cisjordanie. (ALICE FROUSSARD / RADIO FRANCE)

73 % des demandes d'accès rejetées par Tsahal

Selon un rapport publié mardi 26 octobre par l’organisation HaMoked, l’armée israélienne rejette 73 % des demandes de permis des agriculteurs palestiniens, pour l’accès à leur terres. Et moins de 1 % de ces permis ont été refusés pour des raisons dites "sécuritaires".

En d’autres termes, il s’agit presque toujours de raisons bureaucratiques, pour non-respect des "critères" imposés par l’armée israélienne. Parfois cela peut être une parcelle considérée par Israël comme trop petite pour nécessiter un permis, ou encore le fait de ne pas être le propriétaire de la terre mais seulement un membre de la famille, des critères tout à fait arbitraires et de plus en plus restrictifs. Une chose est certaine : tout cela nuit gravement aux familles et aux communautés palestiniennes. Car pour certains, la récolte des olives et la vente d’huile issue de cette dernière sont les sources de revenus les plus sûres de l’année.

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