En Egypte, la Cité des morts menacée par un projet d'aménagement urbain

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Le projet entraînerait la destruction d’une partie de ce quartier funéraire du Caire, et provoque une levée de bouclier parmi les défenseurs du patrimoine.

Article rédigé par
Martin Roux - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Une vue aérienne de la Cité des morts au Caire, le 14 mai 2021. (AMIR MAKAR / AFP)

L'émission "En direct du monde" a reçu le Grand Prix de la presse internationale 2021 (radio) de l'Association de la presse étrangère (APE).


La Cité des morts est la plus ancienne nécropole du monde musulman. Il s'agit d'un immense quartier funéraire de près de 1 000 hectares. On y trouve des tombeaux, des mausolées et des mosquées. Le site qui remonte au VIIe siècle figure sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979. Mais pourtant, un vaste projet d’aménagement urbain au Caire pourrait conduire à la destruction d’une partie de la Cité des morts.

C’est sans compter la mobilisation d’une poignée de défenseurs du patrimoine. "Deux routes principales vont traverser le cimetière, explique Tariq Al Murri, expert en préservation et membre d’un groupe de protection de la Cité des morts. On parle d’une longueur d’environ deux kilomètres ! La partie sud du cimetière est vieille de plus de 1 400 ans, avant même la fondation du Caire. Et depuis 1 400 ans, c’est toujours en activité ! Ce qui nous intéresse, ce n’est pas bâtiment par bâtiment mais le tissu et le paysage urbain. Le Caire historique est listé au patrimoine mondial en tant que ville, en non pour ses monuments individuels." Selon cet expert ce sont entre 200 et 300 tombes qui pourraient être démolies.

Un manque de transparence selon les défenseurs du patriomoine

Les défenseurs du patrimoine sont d’autant plus inquiets que des démolitions ont déjà lieu dans la Cité des morts. Les dernières remontent à l’an dernier. Il s’agissait de dizaines de tombeaux érigés au cours du XXe siècle. Encore une fois pour construire un axe routier. C'est précisément pour éviter que ce scénario se répète que Tariq Al Murri et son équipe sont mobilisés : "À l’époque nous avions trouvé les bulldozers en train de démolir les façades. Et personne n’avait eu l’opportunité de comprendre ce qu’il se passait ! Cette fois-ci nous essayons d’agir en amont. Mais il y a un manque de transparence et de participation publique."

"Nous réalisons un travail de documentation. Nous photographions tous les bâtiments de valeur. Nous interpellons des députés. Nous avons proposé des alternatives au plan actuel. Et nous essayons d’être entendus par le gouvernement, pour qu’il comprenne nos inquiétudes."

Tariq Al Murri, membre d’un groupe de protection de la Cité des morts

à franceinfo

Ce groupe d’experts propose notamment la construction d’un tunnel pour éviter d’endommager ce site historique. Du côté de l’Unesco, un outil de pression sur les autorités égyptiennes pourrait être d’inscrire la Cité des morts sur la liste du patrimoine en péril. Une décision qui n’est pas pour l’heure envisagée.

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