La Cité des morts en Egypte menacée par "le paradis"

Pour relier Le Caire à la future capitale égyptienne, de nombreux chantiers ont démarré. Mais beaucoup déplorent cette "politique du bulldozer".  

Le dernier chantier mis en place par le gouvernement égyptien doit permettre la construction de la nouvelle route al-Ferdaous, littéralement "le paradis". De nombreux édifices de la Cité des morts, inscrite au patrimoine de l’Unesco, sont menacés de destruction. De plus beaucoup d'habitants, qui ne peuvent se loger dans la capitale faute de moyens financiers suffisants, vivent ici depuis des générations. Aujourd’hui, les logements de certains d’entre eux ne sont plus que gravats.

9 photos de Khaled Desouki illustrent ce propos.

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Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a été élu en 2014. Dès son arrivée au pouvoir, il a relancé le méga-projet d’une nouvelle capitale administrative, située à 45 kilomètres du Caire. Celle-ci doit permettre de regrouper toutes les institutions du pays (ministères, palais du gouvernement, parlement …) dès fin 2020.      KHALED DESOUKI / AFP
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Pour raccorder les quartiers résidentiels du Caire à ce nouveau siège du pouvoir, les échangeurs routiers se sont multipliés. Le dernier chantier en date est la construction d'un pont autoroutier, al-Ferdaous, littéralement le "paradis".    KHALED DESOUKI / AFP
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Mais ce dernier chantier soulève des tollés car les autorités égyptiennes procèdent depuis mi-juillet à des démolitions, rasant des décennies, voire des siècles, d'histoire urbaine et menacent la Cité des morts, la plus ancienne nécropole du monde musulman inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco. Contactée par l'AFP, l'Unesco affirme "n'avoir été ni informée, ni consultée" et "suivre le dossier avec les autorités égyptiennes (...) pour évaluer les conséquences sur l'intérêt universel exceptionnel, l'authenticité et l'intégrité" du site.      KHALED DESOUKI / AFP
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Mais selon l'urbaniste et chercheuse Galila el-Kadi, si les destructions sont pour l'heure cantonnées à des édifices datant du début du XXe, elles ont toutefois "atteint le périmètre de sauvegarde (200 mètres)" de complexes funéraires plus anciens et sévissent "dans le voisinage immédiat du caveau du Sultan Quansoua Abou Said (XVe siècle)", monument classé.   KHALED DESOUKI / AFP
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Le cimetière, qui "préexiste" à la ville telle qu'elle a été fondée au VIIe siècle par la dynastie des Fatimides, est "une composante importante" du Caire et les démolitions entraînent une "perte de son identité visuelle et de sa mémoire", avertit Mme Kadi. Pour elle, cette situation révèle le caractère "aveugle et arbitraire" de la méthode d'aménagement urbain appliquée au Caire, une "politique du bulldozer".      KHALED DESOUKI / AFP
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Les autorités égyptiennes se sont défendues de porter atteinte au patrimoine, disqualifiant la valeur historique et architecturale des édifices détruits. "Il n'y a eu aucune destruction de monuments", seulement "des tombes contemporaines", assure le ministère des Antiquités.      KHALED DESOUKI / AFP
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Mais les images du chantier suscitent aussi l'émoi de nombreux internautes sur Twitter. L'un d'eux, sous le couvert de l'anonymat par peur des représailles, dénonce une mise en œuvre bâclée. "Ils nous avaient dit qu'ils avaient besoin d'une partie de la chambre funéraire des femmes, mais ils ont commencé à détruire la clôture et les pierres tombales avant qu'on ne déplace les dépouilles", affirme-t-il. Selon lui, sa famille qui possède un caveau dans la rue Quansoua depuis les années 1940 ne bénéficiera d'aucun dédommagement car son caveau "ne sera pas entièrement détruit".    KHALED DESOUKI / AFP
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D’autres cairotes pâtissent de ces démolitions car depuis plusieurs siècles, la nécropole abrite aussi des vivants, des habitants informels et modestes. "On a été pris au dépourvu. Le bulldozer est soudainement arrivé sur le mur et on s'est retrouvé à jeter nos affaires (dehors) comme des fous (...) Ils nous ont mis à la rue", confie sous couvert d'anonymat l'épouse d'un gardien de mausolée, au milieu des gravats.    KHALED DESOUKI / AFP
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Cette mère de trois enfants qui fait partie de la troisième génération d'habitants de la Cité des morts ajoute : "C'était affreux, on a déplacé les défunts sur des tapis de paille", "Ils malmènent les vivants et les défunts, sans pitié. (...) Et au bout du compte, personne ne se soucie de nous." Sa famille qui logeait dans le caveau familial d'un notable du début du XXe siècle, aujourd'hui en grande partie détruit vivent en l'absence d'alternative actuellement  chez des voisins, dont le logis a été préservé.      KHALED DESOUKI / AFP