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En direct du monde. En Inde, des rumeurs diffusées par les réseaux sociaux tuent des innocents

Le gouvernement indien a sommé l'application WhatsApp et d'autres réseaux sociaux début juillet à agir pour lutter contre la propagation des fausses rumeurs à l'origine d'une vague de lynchages dans ce pays d'Asie du Sud. 

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Mohinidevi Nath montre une photo de sa cousine Shantadevi Nath, lynchée après la diffusion d\'une rumeur sur les réseaux sociaux en juin 2018.
Mohinidevi Nath montre une photo de sa cousine Shantadevi Nath, lynchée après la diffusion d'une rumeur sur les réseaux sociaux en juin 2018. (SAM PANTHAKY / AFP)

En Inde, des rumeurs diffusées via les réseaux sociaux ont entrainé le lynchage de personnes innocentes ainsi que la mort d'une trentaine d'entre eux depuis le début de l'année. Cela fait environ deux mois que cela a commencé. A chaque fois, le déroulé qui suit est identique. Des messages commencent à circuler sur WhatsApp dans une région du pays. Ils sont souvent accompagnés d'une vidéo où l'on voit deux hommes à moto enlever un enfant. Un texte alarmant l'accompagne, affirmant qu'un groupe d'enleveurs d'enfants est arrivé dans la région.

Enlèvement d'enfants et tensions des populations

La population prend alors peur. Cela vaut surtout dans les campagnes pauvres où ces rapts sont courants et les habitants peu éduqués aux médias sociaux. La rumeur s'amplifie donc et il suffit qu'une personne extérieure au village arrive. Qu'elle soit mendiante, touriste, voire même fonctionnaire, elle sera accusée par la foule, puis tabassée, souvent à mort.

La police arrive parfois pendant les faits. Mais elle ne peut que difficilement agir contre ces centaines de villageois enragés. Du nord au sud, toutes les régions indiennes sont frappées et près d'une trentaine de personnes ont été tuées ainsi.

Des campagnes de sensibilisation insuffisantes

Les autorités s'avouent donc impuissantes pour contrer ces rumeurs. Car à la différence de Facebook et Twitter, qui peuvent modérer certains des contenus de leur réseau, WhatsApp est crypté de bout en bout. Ni le gouvernement, ni même la compagnie ne peuvent donc avoir accès à ces messages.

Ce cryptage protège la vie privée de ses utilisateurs, mais rend très compliqué de contrer ces rumeurs qui y circulent. La police indienne n'est, du reste, pas très pointue en nouvelles technologies. Et quand elle se rend dans les villages pour essayer de démentir ces rumeurs, la population ne lui accorde pas une grande confiance.

WhatsApp prêt à réagir

Le gouvernement indien de Narenda Modi a donc dû hausser le ton et a demandé à ces médias sociaux d'agir. WhatsApp, premier incriminé dans cette affaire, n'a pas attendu pour réagir. Il vient d'annoncer plusieurs mesures.

La plus importante est l'introduction d'une disposition qui identifie quand un message n'a pas été composé par son expéditeur mais simplement transféré. C'est ce qui arrive pour l'essentiel de ces rumeurs et qui transforme une fausse information en paranoïa collective. Le changement vaudra pour les utilisateurs du monde entier.

L'entreprise va également réviser le fonctionnement des groupes d'utilisateurs, pour éviter les abus, et travailler avec des sites internet indiens spécialisés dans la vérification des informations.

Enfin, WhatsApp a créé un fonds de 42 000 euros. Il servira à payer des équipes de recherches et d'analyses de données pour l'aider à contrer la propagation de ces fausses informations sur son réseau.

Mohinidevi Nath montre une photo de sa cousine Shantadevi Nath, lynchée après la diffusion d\'une rumeur sur les réseaux sociaux en juin 2018.
Mohinidevi Nath montre une photo de sa cousine Shantadevi Nath, lynchée après la diffusion d'une rumeur sur les réseaux sociaux en juin 2018. (SAM PANTHAKY / AFP)