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En Corée du Sud, les citoyens peuvent interpeller le gouvernement par pétition à partir de 200 000 signatures

Le système mis en place l'été dernier en Corée rencontre un franc succès. 

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Le présiden Moon Jae-in en avril 2019. 
Le présiden Moon Jae-in en avril 2019.  (NICHOLAS KAMM / AFP)

Alors qu’en France on parle beaucoup de démocratie participative et des référendums d’initiative citoyenne, la Corée du Sud a été plus loin. Séoul a mis en place un système de pétitions mises en ligne sur le site internet de la présidence. L'initiative lancée en août 2017 par le président Moon Jae-in rencontre un succès extraordinaire. 

Le gouvernement doit répondre en 30 jours

Ce système a été mis en place quatre mois après l'élection du président porté par la "révolution des bougies". Le principe est simple : n’importe quel citoyen peut, anonymement, déposer ou signer une pétition sur le site Internet de la présidence. Si une pétition dépasse 200 000 signatures, le gouvernement doit, sous trente jours, y répondre et donner sa position. 

Le système s’inspire d’initiatives similaires en Écosse ou aux États-Unis mais il rencontre un succès sans commune mesure. Le site a déjà enregistré plus de 420 000 pétitions en moins de deux ans ! Soit plus de 700 par jour. Pour l'instant, une petite centaine a atteint le minimum requis pour déclencher une réponse. Ce site est devenu le moyen privilégié des Sud-Coréens ordinaires pour se faire entendre : il n'y a pas un sujet de société, pas une controverse, qui ne déclenche une pétition présidentielle.  

Des pétitions parfois farfelues 


Des pétitionnaires ont par exemple exigé la dissolution du célèbre boy‘s band de K-pop, BTS. D’autres demandent à leurs voisins de faire moins de bruit, ou l’exclusion de footballeurs de l’équipe nationale après un match raté. Il y a aussi des pétitions qui exigent l’abolition du système de pétition !  

Certains critiquent donc la facilité avec laquelle il est possible de mettre en ligne une pétition. Ils accusent même le système de favoriser le populisme et de la propagation des discours de haine. Par exemple, après l’arrivée de 500 réfugiés fuyant la guerre au Yémen, des centaines de milliers de Coréens ont signé une pétition à la tonalité très xénophobe, qui exigeait de limiter le nombre de migrants acceptés par la Corée.

Les pétitions ont permis la légalisation de l'IVG

Malgré ses limites, le système est vu de façon plutôt positive. Certaines pétitions ont permis de faire pression sur les députés pour qu’ils changent la loi. Comme par exemple la nouvelle législation qui renforce les pénalités en cas de conduite en état d’ivresse. Le système remplit son rôle, car il oblige les autorités à se prononcer sur des sujets qui comptent pour les gens.

Même s’il n’y a derrière aucune obligation législative, c’est une façon pour les ONG et la société civile de mieux se faire entendre. Par exemple, l'avortement était interdit en Corée du Sud jusqu'à la semaine dernière. Des féministes ont utilisé ces pétitions en ligne pour remettre le sujet au centre du débat. Avec succès, puisque la Cour Constitutionnelle a annoncé la fin de la criminalisation de l’IVG.

Le présiden Moon Jae-in en avril 2019. 
Le présiden Moon Jae-in en avril 2019.  (NICHOLAS KAMM / AFP)