En Australie, la victoire historique d'un clan aborigène contre un projet gazier inquiète les industriels

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Le groupe Santos doit renoncer à son forage qui devait avoir lieu à une centaine de kilomètres des côtes. Le tribunal australien estime qu'il aurait dû obtenir l'accord des propriétaires du clan Munupi. Une décision inédite.
Article rédigé par
Grégory Plesse - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Des membres du clan Munupi célèbre leur victoire contre la société Santos devant la cour fédérale de Melbourne (Australie), le 15 novembre 2022. (TAMATI SMITH)

Quelques jours avant l'ouverture de la Cop 15, le sommet de l'ONU sur la biodiversité, mercredi 7 décembre à Montréal, la justice australienne a pour la première fois donné raison à une communauté aborigène qui estimait son patrimoine naturel menacé. Le clan Munupi, qui vit sur les îles Tiwi, à la pointe nord de l’Australie, a obtenu victoire devant la cour fédérale de Melbourne face à un géant de l’énergie, le groupe Santos, qui envisageait d’exploiter un forage gazier à une centaine de kilomètres au large de leurs côtes. Le tribunal a estimé que l'industriel aurait dû obtenir l'accord des propriétaires Munupi avant d'exploiter leurs ressources.

La mer, une ressource économique et culturelle

La nouvelle a été accueillie dans ces îles avec beaucoup de joie. "Nous sommes tellement fiers. Pendant 230 ans, notre gouvernement a complètement ignoré les propriétaires traditionnels, et a toujours fait ce qu’il voulait sans nous demander la permission, explique Antonia Burke, qui représente le clan Munupi. C’est pourquoi avoir obtenu gain de cause au tribunal, en s’appuyant sur les lois du gouvernement, c’est une immense victoire qui nous donne de l’espoir."

C’était un combat essentiel pour les habitants de ces îles, car la mer n’est pour eux pas seulement une source de nourriture, ils entretiennent également avec elle une relation spirituelle, raconte Antonia Burke : "Dans notre culture aborigène, nous sommes en connexion avec notre environnement."

"Nous avons des danses, des cérémonies, des chansons, qui rythment notre quotidien. Et toutes ces danses et ces chansons sont liées à la mer, et à tout ce qui s’y trouve".

Antonia Burke, porte-parole du clan Munupi

à franceinfo

Santos, pour sa part, compte solliciter un nouveau permis d’exploitation auprès des autorités. Mais les Munupi sont déterminés à se battre jusqu’au bout contre ce projet.

Une décision qui oblige et inquiète les industriels

Cette décision de justice inédite va, quoi qu'il en soit, faire jurisprudence pour tous les projets pétroliers et gaziers offshore en Australie, et empêcher les autorités en charge de délivrer des permis d’exploitation aux industriels. "Cette décision établit un standard très clair concernant la consultation des propriétaires traditionnels, affirme Alina Leikin, l’avocate du clan Munupi. Désormais, les compagnies gazières ne peuvent plus les exclure des processus de consultation."

La victoire des Munupi inquiète donc les géants de l’énergie. En particulier, le groupe Woodside, qui défend un énorme projet gazier dans le nord-ouest de l’Australie. Ce projet suscite de vives critiques, puisque s’il venait à voir le jour, il émettrait au cours de sa durée d’exploitation plus d’un milliard de tonnes de CO2. Ce serait l’équivalent de 20 000 vols autour du monde par jour, pendant 25 ans. 

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