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En Afrique du Sud, un lieu symbole de la lutte contre l'apartheid ferme ses portes faute de financement

Cette ancienne ferme de Rivonia où Nelson Mandela avait trouvé refuge en 1961 et qui tenait lieu de QG pour l'African National Congress (ANC) avait été transformée en musée.

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Le hall d\'accueil du musée de Liliesleaf en Afrique du Sud.
Le hall d'accueil du musée de Liliesleaf en Afrique du Sud. (GIANLUIGI GUERCIA / AFP)

L’ancienne ferme du quartier de Rivonia, à Johannesburg, qui a servi de cachette aux militants de l’ANC sous l’apartheid, est devenue l’un des lieux de mémoire de l’Afrique du Sud qui célèbre chaque mois de septembre son patrimoine. Mais désormais, le musée est fermé pour une durée indéterminée. C’est au sein de cette ferme que Nelson Mandela, qui se faisait passer pour un domestique, s’est réfugié en 1961, jusqu’à son arrestation. Par la suite, l’État-major de l’ANC a continué à en faire son QG, jusqu’à un raid de la police en 1963. 19 personnes sont alors arrêtées, ce qui conduira au célèbre procès de Rivonia.

Des difficultés financières antérieures au Covid

Aujourd’hui, la ferme, transformée en musée de Liliesleaf, reste l’un des hauts-lieux de la lutte anti-apartheid. Pour son directeur, Nicholas Wolpe, sa fermeture est un coup dur. "C’est terrible. Dans ce lieu, un groupe unique s’est réuni pour discuter la création d’une société plus juste et équitable. Quand on voit cet endroit silencieux, on se demande si on se soucie vraiment de notre histoire, de savoir ce que signifiait leur lutte", déplore Nicolas Wolpe. 

Si on accepte de voir tout cela disparaître, que reste-t-il ? Comment est-ce qu’on peut garder un lien avec le passé ? On va perdre une part de notre identité.

Nicholas Wolpe, directeur du musée de Liliesleaf

à franceinfo

Nicholas Wolpe dénonce le manque de financements pour le secteur depuis des années, lui qui est à l’origine de la création du musée, qui a ouvert ses portes au public en 2008. "Le Covid a amplifié des problèmes qui étaient structurels. Cachées derrière une sorte de mirage, il y avait en fait, depuis longtemps, des difficultés pour survivre", explique-t-il.

De son côté, le ministère de la Culture sud-africain affirme dans un communiqué avoir aidé le musée indépendant à hauteur de 4 millions d’euros en 13 ans et reproche à son directeur d’avoir utilisé en 2015, 470 000 euros d’aide pour des coûts de fonctionnements, alors que ces fonds devaient servir, selon un accord, à la rénovation des infrastructures.  

D’autres lieux culturels victimes du Covid  

D’autres lieux ont dû également cesser leurs activités. Certains, comme le musée de l’apartheid, de façon temporaire. Mais la pandémie a aussi poussé des établissements, comme le théâtre Fugard au Cap, à mettre la clé sous la porte pour de bon.  

Cette dynamique inquiète Kathy Munro, de la Fondation pour le patrimoine de Johannesburg. "Si rien n’est fait, nous allons perdre ces musées pour toujours. Or, l’éducation et les musées font partie de nos responsabilités très importantes en tant que pays", souligne-t-elle. 

Du côté de Liliesleaf, tout n’est pas encore perdu, et le musée pourrait un jour sortir de son hibernation, à condition de trouver les fonds nécessaires. 

Le hall d\'accueil du musée de Liliesleaf en Afrique du Sud.
Le hall d'accueil du musée de Liliesleaf en Afrique du Sud. (GIANLUIGI GUERCIA / AFP)