En direct du monde, France info

En Afrique du Sud, l'université de Pretoria abandonne l'usage de l'afrikaans

La langue des Afrikaners, descendants des colons blancs, considérée par beaucoup comme un symbole de l'apartheid, est remplacée dans les enseignements par l'anglais.

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
Des étudiants sud-africains maniffestent dans les rues de Pretoria pour demander une meilleure égalité d\'éducation 22 ans après la fin de l\'apartheid, en 2016.
Des étudiants sud-africains maniffestent dans les rues de Pretoria pour demander une meilleure égalité d'éducation 22 ans après la fin de l'apartheid, en 2016. (MUJAHID SAFODIEN / AFP)

C’est une décision historique. La grande université de Pretoria, en Afrique du Sud a décidé d’abandonner l’usage de l’afrikaans comme l’une de ses langues d’enseignement, au profit de l'anglais. Cette décision a provoqué un vif débat. L’afrikaans, langue officielle, langue maternelle de six millions de personnes mais aussi symbole de l'apartheid, est encore très employée dans l’administration. 

L'afrikaans, troisième langue d'Afrique du Sud

L’afrikaans est une langue un peu métisse, mélange de néerlandais, la langue des premiers colons, d’allemand et d’indonésien, des langues parlées alors par les esclaves venus d’Asie. Elle est toujours la troisième langue la plus parlée du pays, derrière le zoulou et le xhosa, dans un pays qui compte onze langues officielles. On retrouve l’afrikaans un peu partout aux côtés de l’anglais, sur les panneaux routiers, dans les administrations, dans les tribunaux, les écoles et donc, jusqu’il y a peu, dans les universités. 

Mais pour beaucoup de Noirs sud-africains, afrikaans rime avec apartheid. Cette langue est restée dans les mémoires comme l’un des symboles de ce régime raciste, qui imposait à tous les niveaux de la société une stricte ségrégation raciale, aboli il y a 25 ans. 

Je me sens très mal à l’aise quand, par exemple, je suis dans un ascenseur avec des gens qui ne parlent qu’afrikaans et que je ne comprends pas.

Thuli, étudiante à l'université de Pretoria

à franceinfo

L’afrikaans est en effet encore vécu comme un traumatisme pour une partie de la population. L’université de Pretoria a pris cette décision lourde de sens notamment en raison de la pression étudiante.

Les manifestations des étudiants ont payé

En 2016, différents campus à travers tout le pays ont été le théâtre de grandes manifestations. Les étudiants de la majorité noire agitaient des pancartes où on pouvait lire "afrikaans must fall", l’afrikaans doit tomber. Un large mouvement de contestation qui a été entendu par la direction de la faculté. L’université de Pretoria annonce d’ailleurs vouloir "décoloniser l’apprentissage et transformer l’éducation".

La démographie joue également un rôle non négligeable. Dans une Afrique du Sud où 80% de la population est noire, l’afrikaans n’a plus sa place en tant que langue officielle, estime le porte-parole de l’université, Thami Mthembu. "60% de nos étudiants sont noirs et ne parlent pas afrikaans. Seulement 18% des étudiants parlant afrikaans préfèrent recevoir un enseignement dans cette langue." Depuis le début de cette année, tous les cours sont donc donnés en anglais. 

La minorité des étudiants afrikaners s'estime visée

Les jeunes étudiants ne se retrouvent pas dans cette décision comme Jakobus, qui pense que la nouvelle politique de l’université vise explicitement les Afrikaners, en raison de leur langue mais aussi de leur couleur de peau. "L’afrikaans a été décrit comme une langue mauvaise à cause de son histoire et de l’apartheid. Donc, elle est considérée comme la langue de l’oppresseur. Je ne me sens pas être un oppresseur à chaque fois que je parle ma langue maternelle !" 
 
L’affaire provoque même une bataille judiciaire. Afriforum, le grand lobby de la minorité blanche, a porté plainte contre l’université pour discrimination contre les étudiants qui parlent afrikaans.

Des étudiants sud-africains maniffestent dans les rues de Pretoria pour demander une meilleure égalité d\'éducation 22 ans après la fin de l\'apartheid, en 2016.
Des étudiants sud-africains maniffestent dans les rues de Pretoria pour demander une meilleure égalité d'éducation 22 ans après la fin de l'apartheid, en 2016. (MUJAHID SAFODIEN / AFP)