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Au Mexique, les autorités veulent interdire la malbouffe aux enfants pour lutter contre l'obésité

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Deux États mexicains ont déjà sauté le pas et voté cet été une loi qui interdit la vente de gâteaux, chips et autres boissons sucrées aux plus jeunes.

Article rédigé par
Édité par Ariane Schwab - Alix Hardy
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
À 10 mois, ce bébé mexicain pesait 28 kilos. Pour lutter contre l'obésité galopante dans le pays, les autorités ont pris des mesures très strictes. (PEDRO PARDO / AFP)

Le Mexique part en guerre contre la malbouffe. Les pouvoirs publics ont décidé de lancer une véritable offensive contre l’obésité et le diabète qui font des ravages dans le pays. Deux États ont déjà voté cet été une loi qui interdit la vente de gâteaux, chips et autres boissons sucrées aux plus jeunes. Et depuis le début du mois, il y a aussi de nouvelles étiquettes sur les emballages de nourriture. Elles sont apparues d’un coup : partout, de grands octogones noir et blanc bien visibles collés sur tous les aliments où il faut signaler un excès de gras, de sucre ou de sel.

C’est peu dire que cette nouvelle obligation est contraignante puisque cela concerne, selon l’Institut national de santé publique mexicain, 80% des produits mis à la vente. L’effort est cependant louable. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) en est d’ailleurs convaincue et a remis un prix au Mexique pour cette initiative ambitieuse. Il y a un précédent, au Chili, qui a adopté ce genre d’étiquetage il y a trois ans et les résultats vont dans le bon sens. 

Un problème d’obésité lié au traité de libre-échange avec les États-Unis

L’affolement de l’industrie alimentaire montre d’ailleurs bien que cette mesure n’a rien d’anodin. Pour échapper à ces vilaines étiquettes, certains ont déjà modifié les formules de leurs produits, en retirant par exemple l’excès de sel des céréales - oui, bien de sel ! Mais c’est exactement le but recherché par les autorités. Par ailleurs, les marques n’ont plus l’autorisation d’utiliser des petits personnages sympas pour vendre les produits jugés trop caloriques. Exit donc le nounours qui orne les paquets de pain de mie de Bimbo, qui est non seulement le premier boulanger industriel du pays mais aussi, et on le sait peu, du monde entier.

Mais au vu de l’épidémie d’obésité, le gouvernement n’a pas d’autre choix que de mener le bras-de-fer face à cette puissante industrie alimentaire. Ce n’est pas pour rien que l’ancien président Vicente Fox a été le PDG de Coca Cola Mexique avant de devenir chef d’État en 2000. Il y a un consensus assez large pour dire que l’obésité au Mexique a explosé à partir de la signature du traité de libre-échange nord-américain, dans les années 1990. Les produits ultra-transformés et bon marché des États-Unis ont envahi le Mexique et contribué à modifier durablement les habitudes de consommation. Aujourd’hui le pays est par exemple le premier consommateur mondial de sodas. 

70% de la population en surpoids ou obèse

Résultat : plus de trois adultes sur dix souffrent d’obésité, et si l’on prend en compte le surpoids, c’est 70% de la population qui est concernée, soit des niveaux équivalents à ceux des États-Unis. L’obésité est donc devenue et de loin, le problème le plus grave et le plus coûteux de santé publique au Mexique. Les scientifiques parlent en fait d’une triple épidémie : avec l’obésité se développent aussi le diabète et les maladies cardiovasculaires et ce sont les deux principales causes de mortalité dans le pays.  

La pandémie de coronavirus a remis ces faiblesses en lumière. Plus de 80 000 décès dus au virus ont été recensés dans le pays et selon les autorités sanitaires, dans plus des deux tiers des cas la personne souffrait de facteurs aggravants comme l’obésité, de diabète ou l’hypertension.

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