Paris 2024 : Alice Milliat, la militante sportive qui a permis aux femmes de participer aux Jeux olympiques

Nageuse, hockeyeuse, rameuse, elle a défié les instances masculines du sport, le Comité international olympique dirigé par Pierre de Coubertin. En 1922, elle organise les premiers Jeux olympiques mondiaux 100% féminins.
Article rédigé par Marie Dupin
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min
Alice Milliat pratiquant l'aviron en juin 1920. (BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE / MAXPPP)

Alice Milliat n’a pas du tout la notoriété qu'elle mérite. Si tout le monde ou presque connaît le nom de Pierre de Coubertin, l'inventeur des Jeux olympiques modernes, peu nombreux sont ceux qui savent qui est Alice Milliat, née en France en 1884. D’ailleurs, sur sa tombe dans un cimetière à Nantes, longtemps, il n’y eut ni nom, ni prénom. "Une sépulture aussi modeste que mon œuvre est grande", comme l’écrit son biographe.

Alice Milliat, grande nageuse, hockeyeuse, rameuse, est celle qui permit aux femmes de participer aux Jeux olympiques, en osant défier les instances masculines du sport, notamment le Comité international olympique, dirigé par Pierre de Coubertin, pour qui le seul rôle des femmes devait être, comme dans les anciens tournois, de couronner les vainqueurs, quand les médecins affirmaient, eux, que le sport risquait de les tuer, à cause de leurs os, bien sûr, fragiles comme du cristal.

Le CIO cède face au succès des JO féminins

Mais les choses commencent à changer pendant la Première Guerre mondiale. Alice Milliat, convaincue que le "sport féminin a sa place dans la vie sociale au même titre que le sport masculin", profite de l’absence des hommes partis se battre pour prendre leur place sur les terrains. Elle crée un peu partout en France des clubs féminins, avant de fonder à la sortie de la guerre la Fédération internationale des sociétés féminines sportives. Et face aux refus répétés du CIO de laisser participer les femmes aux épreuves d’athlétisme, elle organise donc en 1922 les premiers Jeux olympiques mondiaux 100% féminins.

Or, la compétition remporte un tel succès que le CIO cède enfin. En 1928 à Amsterdam, le CIO qui en profite au passage pour absorber sa fédération. Alice Milliat se retire alors avant de décéder en 1957 dans l’indifférence générale, le régime de Vichy ayant totalement gommé son héritage en interdisant de nouveau aux femmes de participer à des compétitions publiques. Un recul dont les effets se feront longtemps sentir, puisque c’est cette année seulement, à Paris, pour la première fois, qu'on comptera exactement le même nombre de femmes que d’hommes engagés aux Jeux olympiques. Objectif atteint ? Non, un droit, l’égalité, enfin respectée.

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