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C'est dans ma tête. Un président giflé, des adolescents agressés ou tués : comment expliquer de tels actes ?

Il y a-t-il des points communs entre une gifle adressée au président de la République et des adolescents qui agressent ou poignardent un autre adolescent sous un prétexte "futile". La psychanalyste Claude Halmos nous aide à décrypter ces actes de violence. 

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Les actes de violence qui s\'accumulent aujourd\'hui \"ont en commun de correspondre à un fonctionnement où la pensée et la parole sont comme \'court-circuitées\' au profit des actes\", souligne Claude Halmos. (Illustration)
Les actes de violence qui s'accumulent aujourd'hui "ont en commun de correspondre à un fonctionnement où la pensée et la parole sont comme 'court-circuitées' au profit des actes", souligne Claude Halmos. (Illustration) (HENRIK SORENSEN / DIGITAL VISION / GETTY IMAGES)

Il y a encore peu de temps nous restions atterrés devant des chiffres : ceux des morts du Covid, des malades en réanimation… Aujourd’hui, ce sont des actes qui nous laissent stupéfaits : un président de la République giflé, des adolescents tués par d’autres adolescents, à coups de marteaux, ou de couteaux.

franceinfo : C’est à chaque fois pour nous, le même choc, et nous aimerions en parler avec vous Claude Halmos : y-a-t-il des points communs entre tous ces actes ? Et comment les expliquer ?

Claude Halmos : Ces actes nous sidèrent parce qu’ils attestent de l’annulation de limites qui nous sont essentielles parce qu’elles participent du sentiment de sécurité que nous donne le fait de savoir que nous ne vivons pas dans une jungle, où tout peut arriver, mais dans un monde civilisé, régi par des règles.

La gifle au Président témoigne d’une annulation de sa fonction, et donc du système symbolique que constituent les institutions d’un pays. Et les adolescents tués, d’une banalisation du meurtre, si massive qu’elle en semble irréelle.

Comment expliquer de tels actes ?

Ces actes sont sans doute favorisés par le climat de tension psychologique dû à la pandémie, et chacun d’eux est le fait d’un individu particulier, dont on ne peut pas parler sans l’avoir écouté. Mais ils ont en commun de correspondre à un fonctionnement où la pensée et la parole sont comme "court-circuitées" au profit des actes. On éprouve, par rapport à quelqu’un de la colère, on ne réfléchit pas, on ne lui parle pas. On se jette sur lui pour se soulager, sans délai de cette colère.

Or, il faut le savoir, ce fonctionnement, pulsionnel, est celui, normal, de tout enfant petit. Et il ne peut en changer que si des adultes lui enseignent les règles de la vie civilisée, lui apprennent à réfléchir avant d’en venir aux actes (il y a, en politique, d’autres moyens de lutte que les gifles..). Et lui donnent accès à la culture qui lui permet de développer son imagination, et d’exprimer sa colère par des moyens symboliques : des musiques ou des textes, par exemple.

Le passage par la réflexion, et l’imaginaire apaise la tension et le besoin des actes. Et met en place, de façon durable, un fonctionnement compatible avec la civilisation.

Est-ce que les auteurs de ces actes sont conscients de ce qu’ils font ?

Ils ne sont sans doute pas dans un état délirant qui les couperait totalement de la réalité mais les carences dont attestent leurs actes perturbent certainement leur rapport à la réalité. Et particulièrement probablement leur rapport au danger, et à la mort.

Un adolescent qui va chercher un couteau pour poignarder un copain qui lui a mal parlé, est dans un scénario imaginaire qui peut témoigner d’une pathologie psychiatrique. Mais aussi, plus banalement, du fait que, n’ayant pas appris la différence entre la pensée, qui permet de revenir en arrière, et les actes, il ne peut pas réaliser le caractère irrémédiable des siens, et se maîtriser. On attribue souvent cette problématique aux jeux vidéo. Mais ils ne sont qu'un facteur aggravant, parce qu’elle a toujours pour cause l’éducation.

Les actes de violence qui s\'accumulent aujourd\'hui \"ont en commun de correspondre à un fonctionnement où la pensée et la parole sont comme \'court-circuitées\' au profit des actes\", souligne Claude Halmos. (Illustration)
Les actes de violence qui s'accumulent aujourd'hui "ont en commun de correspondre à un fonctionnement où la pensée et la parole sont comme 'court-circuitées' au profit des actes", souligne Claude Halmos. (Illustration) (HENRIK SORENSEN / DIGITAL VISION / GETTY IMAGES)