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C'est dans ma tête. Parcoursup ou le parcours du combattant

De très nombreux lycéens, qui essaient de s’inscrire à l’université en utilisant le dispositif Parcoursup, se retrouvent confrontés à un refus de leurs choix ou à l’attente. Claude Halmos n'hésite pas à parler de "véritable maltraitante sociale" à leur égard. 

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Une manifestation de lycéens contre la réforme Parcoursup, le 24 mai 2018 à Paris.
Une manifestation de lycéens contre la réforme Parcoursup, le 24 mai 2018 à Paris. (MAXPPP)

Le nouveau dispositif Parcoursup, plateforme d'admission dans l'enseignement supérieur lancée par le gouvernement, qui se substitue au dispositif post-bac, très critiqué, place de nombreux lycéens dans une situation de refus de leurs choix ou d'attente. Situation hautement angoissante pour eux. La psychanalyste Claude Halmos nous explique aujourd'hui pourquoi cette situation peut avoir des conséquences pyschologiques importantes pour tous ces futurs étudiants. 

Je pense qu’elle a d’ores et déjà – et qu’elle aura – des conséquences psychologiques importantes.

Ce que ces lycéens doivent supporter est vraiment très lourd

Claude Halmos

Pour quelles raisons ? 

Être admis dans une université c’est, pour un lycéen, obtenir de la société le droit d’entrer dans une structure où il va pouvoir avancer vers la réalisation d’un projet professionnel, qu’il a conçu et pour lequel il a travaillé. Il peut donc – même s’il pourrait légitimement souhaiter qu’on lui accorde une seconde chance – admettre qu’on lui refuse cette admission, s’il n’a pas assez travaillé ou, en tout cas, pas assez travaillé pour cette université-là.   

Pourquoi peut-il l’accepter, dans ce cas du manque de travail ?  

D’abord parce que, si le motif du refus qu’on lui oppose est son niveau scolaire, il garde une possibilité d’agir sur la situation : il peut travailler davantage et améliorer son niveau. Et puis parce que le motif du refus est, dans ce cas, en accord avec les valeurs qu’on lui a toujours enseignées.

Or, dans le cas de Parcoursup, les lycéens se retrouvent classés en fonction de critères que, très souvent, ils ne comprennent pas. Cela leur donne un sentiment d’absurdité, d’arbitraire, d’injustice et de surcroît, de tromperie, parce qu’on leur avait promis autre chose. Et, comme ils n’ont aucun moyen de s’opposer à ce classement, ils se sentent réduits à l’impuissance par une force qui les écrase.  

Et vous pensez que cela peut avoir des conséquences psychologiques importantes ?

Mais bien sûr ! Ces lycéens se retrouvent – à la veille de ce moment, symboliquement très important de leur parcours qu’est, pour eux comme pour leurs familles, le bac – atteints d’abord dans l’image qu’ils ont d’eux-mêmes : beaucoup se sentent dévalorisés et méprisés. Atteints ensuite dans leur projet de vie, avec le sentiment qu’on leur coupe les ailes (ce qui est d’une très grande violence psychologique). Et – je le répète – pour des raisons qu’ils ne comprennent pas, ce qui ouvre la porte à toutes les constructions imaginaires.

De plus, Parcoursup leur donne une image très négative de la société, à un moment de leur vie où la confiance dans le monde est l’une des choses qui peut soutenir leur désir de vivre et d’avancer.

Je crois que l’on peut dire que ces lycéens subissent une véritable maltraitance sociale ; susceptible de donner lieu aussi bien à des réactions dépressives qu’à des réactions de violence

Claude Halmos

Des réactions et conséquences dont les promoteurs de Parcoursup n’ont manifestement pas pris la mesure.      

Comment l’expliquez-vous ?  

Cela prouve que l’on continue à croire que les souffrances psychologiques graves ne pourraient venir que de la vie privée. Et que l’on méconnait celles qui viennent de la vie sociale. Et les "psys" participent de cette méconnaissance puisque, pour la plupart, ils n’en parlent jamais.      

Une manifestation de lycéens contre la réforme Parcoursup, le 24 mai 2018 à Paris.
Une manifestation de lycéens contre la réforme Parcoursup, le 24 mai 2018 à Paris. (MAXPPP)