C'est dans ma tête, France info

C'est dans ma tête. Les "faits alternatifs"

Une conseillère de Donald Trump, Kellyanne Conway, a affirmé récemment que son investiture avait rassemblé une foule plus grande que toutes les précédentes. Et, comme on lui montrait des photos qui prouvaient le contraire, elle a soutenu qu’elle ne mentait pas, mais qu’elle opposait à ces photos des "faits alternatifs".

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
La conseillère de Donald Trump, Kellyanne Conway, le 15 décembre 2016, à New York. 
La conseillère de Donald Trump, Kellyanne Conway, le 15 décembre 2016, à New York.  (DREW ANGERER / AFP)

La théorie des "faits alternatifs" 

Je pense que c’est une théorie à la fois très grave et très angoissante. Parce que le rapport qu’une personne entretient avec la réalité, est l’un des critères que l’on peut prendre pour dire si elle est, ou non, dans un état "normal". Étant entendu qu’il faut mettre, dans ce cas, des guillemets au mot "normal", parce que rien n’est jamais, en la matière, tout noir ou tout blanc.

Mais, de façon générale, on peut dire qu’une personne va bien, quand elle peut voir la réalité telle qu’elle est. Et beaucoup moins bien si elle confond cette réalité avec la vision qu’elle en a dans sa tête. Vision dont on sait qu’elle peut aller jusqu’au délire.

Le délire paranoïaque 

Dans un moment de délire paranoïaque, par exemple, une personne peut être persuadée que la voiture rouge qui est garée devant son immeuble, appartient à des services secrets qui sont à sa poursuite. Alors qu’en réalité cette voiture est celle du boulanger d’en face qui la gare là, tous les matins parce que c’est pratique pour lui.

On pourrait s’inquiéter à propos de la santé mentale de cette conseillère américaine ?

Non. Il n’y a aucun lieu de s’inquiéter. Parce que, cette dame ne croit pas une seconde à ce qu’elle avance. Elle ment, en toute connaissance de cause, pour manipuler ceux qui l’écoutent. Et c’est un procédé qui a été très souvent employé. En Union Soviétique, à l’époque de Staline, on refaisait par exemple l’Histoire, en faisant disparaître des photos officielles des gens dont on voulait faire croire qu’ils n’avaient jamais existé.
Mais ce qui est particulier, dans le cas de cette conseillère, c’est qu’elle invente un concept pour masquer ce type de mensonge.

Ça peut avoir des conséquences ?

Bien sûr. Et des conséquences graves. Pour la société, d’abord. D’une part parce que ça ouvre la porte à toutes les manipulations. Et, d’autre part parce que ça peut venir renforcer toutes les théories du complot qui, elles aussi, nient la réalité.
Il existe des images qui prouvent ce qui s’est passé le 11 septembre. Mais certains continuent à affirmer qu’il ne s’est rien passé.

Et puis, c’est grave au niveau individuel. Parce que la réalité des faits joue, pour chacun d’entre nous, le rôle d’un garde-fou, d’une rambarde contre l’angoisse. Quand on se demande si on a vraiment vécu quelque chose ou si on l’a imaginé, on a besoin de pouvoir s’accrocher à des preuves réelles, donc à des faits.

Si on doute même des faits, on ne peut plus se raccrocher à rien, et c’est terrible.

La conseillère de Donald Trump, Kellyanne Conway, le 15 décembre 2016, à New York. 
La conseillère de Donald Trump, Kellyanne Conway, le 15 décembre 2016, à New York.  (DREW ANGERER / AFP)