C'est dans ma tête, France info

C'est dans ma tête. Le Bataclan, un an après.

Le Bataclan rouvrira demain. Un an après l’attentat qui y a eu lieu. Et on repense, bien sûr, aux victimes et à leurs familles. Le temps peut-il apaiser la souffrance de ces familles ?

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Un an après les attentats terroristes du 13 novembre 2015, rassemblement à la mémoire des victimes devant le Bataclan.
Un an après les attentats terroristes du 13 novembre 2015, rassemblement à la mémoire des victimes devant le Bataclan. (CHESNOT / GETTY IMAGES EUROPE)

Dans un deuil le temps est toujours très important. Parce que le travail du deuil est un travail, très long et très progressif qui permet de faire que, peu à peu, la disparition de la personne que l’on a perdue devienne sinon supportable, du moins un peu moins insupportable.

Mais, dans le cas du Bataclan (et des autres attentats) le problème est différent parce que l’on a affaire à un événement traumatique.

Qu’est-ce que cela change ?

Cela change énormément de choses : dans un deuil "normal", il y a toujours une première phase où l’on ne veut pas croire à la mort qui vient d’arriver. Et on ne veut tellement pas y croire que l’on peut, dans certains cas, avoir -sans être le moins du monde "fou"-, des hallucinations : on voit par exemple passer dans la rue la personne que l’on a perdue.

Et puis, avec le temps, on finit par accepter. Cette phase là du deuil est compliquée à l’extrême dans le cas d’un traumatisme : comment accepter comme réelle une mort aussi insensée qu’une mort au Bataclan ?

Et puis, ce qui complique aussi le deuil, c’est qu’un traumatisme arrête le temps. Le traumatisme est en effet un choc si soudain et si violent qu’il provoque une sidération, une sorte "d’arrêt sur image". On reste comme cloué sur place et fixé au moment où l’horreur s’est produite (l’événement, pour les victimes, ou l’annonce de l’événement, pour les familles). Et ensuite on tourne en rond, à cause de ce moment qui ne cesse de revenir dans les pensées, ou la nuit, dans des cauchemars.

On s’en sort à la longue, bien sur, si on est aidé, mais dans un rapport au temps qui est toujours très particulier.

 Est-ce que les commémorations sont utiles ?

Elles sont très utiles. Elles rappellent la réalité de l’événement et son importance. Et elles montrent, aux victimes comme  à leurs familles,  qu’elles ne sont pas seules, que le deuil est général. Cette prise en charge collective de la souffrance est pour elles un point d’appui et elle leur permet de sortir, un  peu, du huis-clos de leur tête.

Et puis les commémorations "fabriquent" du sens par rapport à des évènements qui sont aussi tragiques qu’absurdes.

On sait que les attentats peuvent recommencer. Est-ce que ça donne un sens particulier à ces commémorations ?

Ça les rend encore plus nécessaires. D’habitude, ce que l’on commémore est définitivement passé et on rappelle son importance en le commémorant. Là, dans la mesure où l’on sait que cela peut recommencer, la commémoration a aussi une fonction pour l’avenir.

Elle met en place du collectif. C’est à dire l’idée que, pour faire face à l’adversité, chacun de nous n’est pas un individu faible et isolé mais un membre d’un groupe qui affirme son union, sa force, et sa capacité à résister. C’est absolument essentiel.

 

 

Un an après les attentats terroristes du 13 novembre 2015, rassemblement à la mémoire des victimes devant le Bataclan.
Un an après les attentats terroristes du 13 novembre 2015, rassemblement à la mémoire des victimes devant le Bataclan. (CHESNOT / GETTY IMAGES EUROPE)