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C'est dans ma tête. La psychiatrie en danger

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a présenté mardi 18 septembre son plan santé, dont une partie est consacrée à la psychiatrie. Un secteur où les professionnels dénoncent depuis des mois le manque de moyens et de personnels. 

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Six des sept salariés de l\'hôpital psychiatrique du Rouvray en grève de la faim, à Sotteville-lès-Rouen, le 29 mai 2018.
Six des sept salariés de l'hôpital psychiatrique du Rouvray en grève de la faim, à Sotteville-lès-Rouen, le 29 mai 2018. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Agnès Buzyn, la ministre des Solidarités et de la Santé, a donc présenté cette semaine son plan santé : le plan "Ma santé 2022", dont une partie est consacrée à la psychiatrie. Et l’on sait que, dans ce domaine, les soignants ont organisé ces derniers mois de nombreuses actions pour dénoncer le manque de personnel et les fermetures de services ; et même, à Amiens, une grève de la faim.

Comment expliquer que des professionnels aillent aussi loin qu'une grève de la faim ?

La grève de la faim a sans doute été, pour ces soignants, un ultime recours, le seul moyen qu’ils ont trouvé pour faire entendre la gravité, tout à fait particulière, des conséquences qu’a, en psychiatrie, le manque de personnel.    

Vous pouvez nous expliquer les conséquences de ce manque de personnel en psychiatrie ?  

Le manque de personnel met en cause, dans tous les services hospitaliers, la qualité des soins. Mais, en psychiatrie, il est plus grave encore, parce qu’il empêche véritablement de soigner. En tout cas de soigner comme on peut - et on doit - le faire à notre époque. Pendant très longtemps les personnes qui souffraient de troubles psychiques, ont été considérées comme des êtres d’une nature particulière, effrayants, dangereux et surtout "irrécupérables", qu’il fallait, pour protéger la société, enfermer à vie dans des asiles.

Et puis les connaissances sur le psychisme ont (heureusement !) évolué, et on a compris que ces personnes n’étaient que les victimes d’accidents de parcours, très invalidants, mais que l’on pouvait traiter.    

De quelle façon soigne-t-on ces personnes atteintes de troubles psychiques ?

Grâce à des médicaments et des thérapies. La découverte des neuroleptiques a été essentielle, parce qu’ils peuvent calmer le délire, apaiser la personne, permettre l’accès à sa problématique ; et, à partir de là, envisager des thérapies. Mais la conjonction des deux ne suffit pas. Quand une personne est hospitalisée, il faut aussi que sa vie quotidienne à l’hôpital ait, en tant que telle, une dimension soignante. Et cette dimension ne peut être fondée que sur la présence de soignants, investis et disponibles.

Le centre psychiatrique de la Conception, à Marseille (Bouches-du-Rhône). 
Le centre psychiatrique de la Conception, à Marseille (Bouches-du-Rhône).  (MAXPPP)

Pour entrer dans la vie et prendre conscience d’eux-mêmes, les êtres humains, ont besoin, au début de leur existence, de s’appuyer sur des liens, qu’ils tissent avec des personnes qui s’occupent d’eux, et pour lesquelles ils comptent.

Une personne en souffrance psychique n’est pas un nourrisson, mais elle s’est, en quelque sorte, perdue

Claude Halmos

Elle est sortie de sa route et il faut qu’elle la retrouve. Et, pour la retrouver, elle a besoin, elle aussi, de s’appuyer sur des liens : avec des personnes qui la connaissent, qui la rassurent, lui parlent, partagent des activités avec elle, etc…

En psychiatrie, iI faut des soignants en nombre 

Pour que ce soit possible, il faut des soignants, et des soignants qui soient suffisamment nombreux pour avoir du temps. S’ils ne le sont pas, ils ne peuvent assurer que la distribution des médicaments ; et les patients restent dans la solitude, l’angoisse et un vide qui leur fait violence et peut les rendre violents. Ils ne sont donc pas, dans ce cas, soignés mais seulement enfermés et gardés, comme ils pouvaient l’être au temps des asiles.

C’est un gâchis intolérable et un retour en arrière

Claude Halmos

Un gâchis et un retour en arrière que les soignants, à juste titre, n’acceptent pas. Et cela explique qu’ils veuillent, par tous les moyens, le faire entendre.

Six des sept salariés de l\'hôpital psychiatrique du Rouvray en grève de la faim, à Sotteville-lès-Rouen, le 29 mai 2018.
Six des sept salariés de l'hôpital psychiatrique du Rouvray en grève de la faim, à Sotteville-lès-Rouen, le 29 mai 2018. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)