C'est dans ma tête. La lecture, grande cause nationale

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Le 17 Mai, en même temps qu’il célébrait le 400e anniversaire de Jean de la Fontaine, le président Macron a annoncé sa volonté de faire de la lecture, de l’été 2021 à l’été 2022, une grande cause nationale. 

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La lecture, grande cause nationale. (Illustration) (OLIVER HELBIG / MOMENT RF / GETTY IMAGES)

Le président Emmanuel Macron a annoncé le 17 mai sa volonté de faire de la lecture, de l’été 2021 à l’été 2022, une grande cause nationale. Et de promouvoir aussi bien l’apprentissage de la lecture que sa pratique. Claude Halmos, psychanalyste, revient sur cette décision importante et sur l'impact de la lecture sur notre vie sociale.

franceinfo : Pensez-vous qu’une telle décision puisse avoir un réel effet, et pourquoi ?

Claude Halmos : Cette décision est importante parce qu’elle montre l’importance de la lecture. La lecture est importante d’abord parce qu’elle est indispensable à la vie sociale. Et il faut avoir vu vivre des personnes illettrées pour se rendre compte à quel point elles sont, dans notre société, à la fois en exil, et dans une dépendance aux autres qui évoque la situation de personnes handicapées.

Et puis, une fois que l’on sait lire, les livres sont le moyen de développer ses capacités à penser, et à rêver. Le moyen de quitter, à tout moment, la vie réelle pour une autre ; et donc une possibilité de voyager, même quand les frontières sont fermées. Et de plus de faire des rencontres qui peuvent devenir des points d’appui : découvrir des personnages confrontés aux mêmes problèmes que soi, peut-être d’une grande aide…

Pourtant les livres font peur à beaucoup de gens…

Oui, et l’intérêt de faire de la lecture une cause nationale est aussi de contribuer à la rendre plus familière. L’écrit fait peur à beaucoup de gens pour des raisons, le plus souvent, sociales : leur famille n’avait pas accès à la culture. L’école n’a pas joué pour eux le rôle de passeur vers l’univers des mots, qu’elle aurait dû jouer. Et cela les a renforcés dans l’idée que les livres n’étaient pas pour eux.

Cela donne ces adultes, ou ces adolescents qui n’osent pas entrer dans une librairie et qui cachent parfois cette exclusion derrière un rejet violent, qu’ils voudraient faire croire volontaire. Alors qu’il ne l’est pas. Et ce qui se passe autour du Pass culture (qui offre, à 18 ans, 300 euros pour l’achat de biens culturels) le prouve. Depuis le 21 Mai, l’application a été téléchargée par un million de jeunes, et 300 000 s’en sont servi, dont 84% pour l’achat de livres.

Il semble que 70% des livres achetés aient été des BD, des mangas, c’est un problème ?

Il faudrait cesser de dévaloriser les bandes dessinées. Une bande dessinée c’est un livre, dont on tourne les pages, et qui peut, à ce titre, réconcilier avec "l’objet-livre". Et puis c’est un ensemble de texte et d’images. Avec la possibilité que la présence de l’image aide à exorciser la peur de l’écrit.

Quand des parents reprochent à un adolescent de lire une BD, au lieu d’un "vrai livre", ils ne se rendent pas compte qu’ils contribuent à faire du livre un "truc pour initiés", inaccessible, et déconnecté du plaisir. Alors que des libraires racontent qu’ayant tissé un lien avec des adolescents en leur vendant des BD, et en en discutant avec eux, ils ont pu, un jour, leur proposer un roman, qui leur a plu.

Donner l’envie de lire, c’est comme donner l’envie de goûter un gâteau. Cela passe par montrer le plaisir qu’il peut procurer. Et peu importe par quel genre de gâteau l’on commence …

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