C'est dans ma tête, France info

C'est dans ma tête. Agressions homophobes : des racines historiques très profondes

1026 agressions homophobes et "transphobes" ont été déclarées en 2017 (dont 262 agressions physiques) et leur nombre a, depuis, encore augmenté. 

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
Sofiane (prénom d\'emprunt), étudiant de 21 ans victime d\'une agression homophobe à Paris, le 14 octobre 2018. 
Sofiane (prénom d'emprunt), étudiant de 21 ans victime d'une agression homophobe à Paris, le 14 octobre 2018.  (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

De plus en plus souvent, des hommes et des femmes doivent subir, du fait de leur sexualité, des insultes, des menaces, des coups, et parfois même risquer leur vie.

1026 agressions homophobes et "transphobes" déclarées en 2017 (dont 262 agressions physiques) et leur nombre a, depuis, encore augmenté. La psychanalyste Claude Halmos explique les raisons et les origines de ces graves violences.   

Comment expliquer une telle violence et comment expliquer qu’elle soit, aujourd’hui en recrudescence ?    

Ces agressions s’inscrivent dans un rejet de l’homosexualité qui a, il ne faut pas l’oublier, des racines historiques très profondes :    

  
- Dans la religion, parce que l’homosexualité, que l’Antiquité acceptait, a été interdite par le christianisme, et déclarée péché très grave. Saint Paul, par exemple, place les "péchés de la chair" en troisième position quant à leur gravité, après le blasphème et le meurtre. 

Saint Paul range dans les "péchés de la chair", l’adultère, la prostitution et… "les hommes qui couchent ensemble"  

-Dans la médecine, parce que ce n’est qu’en 1981 que la France a renoncé à la classification de l’OMS, qui faisait de l’homosexualité une maladie mentale.          ---

-Et enfin, dans le droit, puisque l’égalité entre l’hétérosexualité et l’homosexualité n’a été instaurée, dans ce domaine, qu’en 1982.      

Les agresseurs ont aussi des motivations personnelles ?     

Bien sûr. Ce sont en général des hommes, et l’homosexualité masculine leur est insupportable, parce qu’ils estiment qu’elle met en cause les critères d’une virilité fondée, pour eux, sur le fantasme d’un homme sexuellement surpuissant. Un fantasme dont on se rend compte, en les écoutant, qu’il les protège d’une peur inconsciente de la castration, qui date de l’époque où ils ont, enfants, découvert la différence des sexes, et cru, faute d’explications, les femmes mutilées et inférieures

Du fait de cette croyance, la sexualité est, pour eux, synonyme de domination et, de ce fait, ils n’acceptent ni l’idée qu’un homme soit dominé ni que des femmes aient une sexualité sans hommes.    

Mais pourquoi en arrivent-ils aux agressions ?

Ils y arrivent du fait, probablement, d’un conflit intérieur entre leur rejet, conscient, de l’homosexualité et l’attirance, inconsciente, qu’elle exerce sur eux. Et qu’ils doivent réprimer parce que, du fait de leur histoire personnelle, de leur éducation, elle leur fait horreur. Et c’est probablement pour essayer de nier et même de détruire cette part d’eux même qu’ils refusent, qu’ils violentent des personnes homosexuelles.

Et tout cela montre à quel point le message de Freud - qui explique qu’il n’y a pas, en matière de sexualité, de normalité ; qu’une bisexualité existe, en chaque être, et que l’hétérosexualité n’est pas plus "normale" que l’homosexualité - n’est toujours pas entendu.    

Comment expliquer la recrudescence actuelle des agressions ?

Plusieurs facteurs entrent en jeu. Il y a d’abord le fait que les homosexuels ont gagné, à force de combats, des droits. Progrès considérable pour notre société, mais qui suscite la rage de ceux qui s’acharnent à les penser anormaux. Il y a les discours politiques mensongers et haineux, comme ceux autour de la PMA, par exemple.

Et il y a surtout les effets de ce qui a été nommé "parole décomplexée", et qu’il faudrait rebaptiser. Parce que :

Lorsque l’on promeut des mots dont on sait qu’ils peuvent tuer, on n’en appelle pas à la parole, mais aux actes. Et cela peut, on le voit, mener au pire 

Claude Halmos

                       

Sofiane (prénom d\'emprunt), étudiant de 21 ans victime d\'une agression homophobe à Paris, le 14 octobre 2018. 
Sofiane (prénom d'emprunt), étudiant de 21 ans victime d'une agression homophobe à Paris, le 14 octobre 2018.  (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)