Au fil de l'eau. Les réserves d'eau sont-elles une bonne solution pour affronter les périodes de sécheresse ?

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Christian Amblard, spécialiste de l'eau et des systèmes hydrobiologiques, directeur de recherche honoraire au CNRS est l'invité de Catherine Pottier. Selon le scientifique, "cette idée des retenues d'eau, est un non-sens".

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France, Courdault, le 31 août 2021. Une bassine d'une superficie de 5 hectares, située en périphérie du Marais. Elle est alimentée en eau en partie grâce au pompage des nappes phréatiques l'hiver, et sert comme réserve d'eau pour l'agriculture et notamment pour la culture du maïs. De nombreuses bassines sont en cours de construction autour du Marais poitevin.  (LAMBERT COLEMAN / HANS LUCAS / AFP)

Christian AMBLARD, spécialiste de l'eau et des systèmes hydrobiologiques, directeur de recherche honoraire au CNRS, est "fils de paysans lui-même", comme il tient à le rappeler. Ce chercheur comprend fort bien la situation et la détresse de certains agriculteurs confrontés de manière récurrente aux périodes de sécheresse.

Avec le réchauffement climatique, il faut s'attendre à avoir beaucoup moins de précipitations en été, et beaucoup plus de pluie au printemps et à l'automne, d'où l'idée de créer des barrages, des réservoirs d'eau et des bassines.

France, Poitou-Charentes, Saint Sauvant, le 5 septembre 2021. De nombreuses personnes sont venues manifester contre les projets de méga-bassines agricoles. (JEAN-FRANCOIS FORT / HANS LUCAS VIA AFP)

"C'est un contresens de créer des réservoirs d'eau en surface. L'eau récoltée dans les réservoirs, c'est de l'eau qui aurait dû se retrouver dans les sols ou dans les cours d'eau."

Christian Amblard, spécialiste de l'eau et des systèmes hydrobiologiques

Le scientifique explique toutefois que cette mesure n'est pas viable sur le long terme, car lorsqu'on stocke l'eau de manière artificielle, on assèche les sols et on brise la continuité écologique.
L'eau récoltée dans les réservoirs, dès lors qu'elle se retrouve en surface, elle stagne et elle s'évapore. "On estime la perte quantitative entre 20% et 60%", précise le scientifique. 

La qualité de cette eau stagnante est également un problème car elle subit un phénomène d'eutrophisation, avec l'apparition de bactéries et de micro-algues. "Cette idée de retenues d'eau est donc un non-sens", poursuit Christian Amblard.

Empêcher le ruissellement de l'eau et réaménager le territoire

Pour retenir l'eau, Christian Amblard plaide pour un changement de politique sur l'aménagement du territoire. Il faut lutter contre le ruissellement des eaux et favoriser l'infiltration de l'eau dans les sols.

Depuis de nombreuses années, que ce soit en milieu urbain ou en milieu agricole on a limité l'infiltration naturelle de l'eau dans les sols. "Pour avoir une bonne gestion de la ressource en eau, il faut tout faire pour qu'elle s'infiltre dans le sol, explique Christian Amblard, il faut donc limiter l'usage du bitume et du goudron et favoriser la création de zones humides qui fonctionnent comme des éponges". Les zones humides permettent de stocker l'eau lors des épisodes de fortes pluies, et de la restituer lors des périodes de sécheresse.

Selon le spécialiste de l'eau, il faut aussi conserver les arbres et avoir un maillage de haies important, car elles créent un climat local humide. Il estime qu'il faut aussi limiter le nombre de sols nus en hiver, car ils favorisent l'évaporation de l'eau.

Christian Amblard souligne qu'avec le réchauffement climatique, il faut revoir entièrement le choix des cultures selon les régions, il pense en particulier à la culture du maïs, très gourmande en eau. L'orge et le blé demandent également de l'eau mais pas forcément en période estivale.

Vidéo du 21 mars 2021. Le collectif qui dit "Bassines non merci" au projet de retenues artificielles dans le Marais poitevin.



"Faire des barrages et des réservoirs d'eau c'est une solution de secours pour un an ou deux, conclut Christian Amblard, mais c'est totalement faux de penser que cela peut être une solution à long terme, et même à moyen terme, pour les agriculteurs."

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