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Jean-François Di Meglio (Asia Centre) : "Quand la Chine tousse, les marchés éternuent"

a revoir

Présenté parJean-Paul Chapel

Diffusé le 21/09/2021Durée : 00h6

Le géant de l’immobilier chinois Evergrande est en situation de faillite virtuelle. La crise sanitaire ayant gelé son activité et asséché son stock de liquidités, Evergrande peine à rembourser une dette monumentale, environ 300 milliards de dollars. "On a des échéances d’intérêts sur des obligations qui arrivent ces jours-ci. La faillite pourrait être déclenchée par le défaut de paiement," explique Jean-François Di Meglio, président de l’institut de recherche Asia Centre et invité de Jean-Paul Chapel.

Le risque chinois fait chuter les bourses mondiales. Pour autant, les répercussions en France des troubles d’Evergrande sont difficiles à évaluer. "Il y a une telle déconnexion en réalité entre le secteur immobilier chinois et notre économie réelle à nous que les conséquences sont naturellement très indirectes," note le président d’Asia Centre. Parmi les facteurs qui distinguent le cas Evergrande de celui de Lehman Brothers : ses obligations de paiement résident principalement en Chine. "Sur les 300 milliards de dette d’Evergrande, il y a probablement 15 milliards à l’étranger." Soit seulement 5 % de l’ensemble. Le risque de contagion sur les marchés internationaux provoqué par un défaut de paiement est donc faible. Jean-François Di Meglio insiste : "C’est d’abord un problème chinois."

"La Chine, c’est aujourd’hui plus de 15 % de l’économie mondiale. Quand la Chine tousse, forcément, les marchés éternuent," commente Jean-François Di Meglio. L’immobilier constitue 30 % du PIB chinois. Selon lui, "il y a une surpondération de l’immobilier pour plusieurs raisons. Les véhicules d’investissement en Chine sont relativement rares, et suscitent un peu de méfiance de la part des investisseurs. La pierre, ça reste de la pierre." Or, l’immobilier s’inscrit dans un contexte spéculatif. "On est dans un système asiatique – et c’est là que le système Evergrande est très fragile – où vous dépensez une portion du prix de ce que vous achetez, et vous revendez parce que les prix ont monté avant même d’avoir déboursé." En somme, une spéculation proche de "l’économie casino".

Le président d’Asia Centre pense que la faillite est possible : "On se dit que l’on ne peut pas refinancer une opération comme ça." Cette perspective ne serait cependant pas la plus probable. "Une faillite en Chine, les dirigeants chinois savent bien que ce serait un coup d’arrêt à cette bonne image économique que la Chine a développée depuis la crise du Covid. Et donc il y a des moyens pour piloter l’économie." Cette affaire aura des retombées. "Probablement, les investisseurs étrangers seront marginalement punis. En revanche, ceux qui seront punis, ce sont très certainement les spéculateurs chinois."

La "prospérité commune", c'est le nouveau slogan de la Chine de Xi Jinping. Objectif : réduire les disparités de richesse dans son pays. Dans ce contexte, le président chinois combat ce qu’il considère comme les excès des riches. "Le langage et la couleur, c’est le retour aux années 80, à beaucoup d’égards," indique Jean-François Di Meglio. "Rassembler, dans un contexte où l’économie ne va pas si mal, tout le monde autour d’une idéologie, ça peut très bien marcher," conclut-il.

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