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VIDÉO. Jean Pisani-Ferry : "La moitié des salariés des entreprises ne travaille pas. Ça n’était jamais arrivé en temps de paix, probablement depuis la grande peste de 1347"

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Présenté parJean-Paul Chapel

Diffusé le 27/04/2020Durée : 00h5

Jean Pisani-Ferry, économiste et professeur à Sciences Po, évoque une crise sans précédent. “Il y a un chiffre très simple : la moitié de l’activité des entreprises est arrêtée. La moitié des salariés des entreprises ne travaille pas. Ça n’était jamais arrivé en temps de paix, probablement depuis la grande peste de 1347.

Jean Pisani-Ferry estime qu’“on va avoir certainement des mauvaises nouvelles sur le chômage”. “Même si le chômage partiel a permis de contenir beaucoup la hausse du chômage. Aux États-Unis, il y a eu 26 millions d’inscriptions au chômage. Si vous mettez ça en chiffres français, ça fait 3 millions de chômeurs de plus en un mois. Évidemment, ce n’est pas ça qui va se produire en France, mais il va y avoir, inévitablement, une hausse du chômage parce que tous ceux qui sortaient du chômage, aujourd’hui ne trouvent pas de travail. Donc on va voir peu à peu les conséquences de ce choc. Elles vont être sévères pour l’emploi, dans tous les secteurs qui ne peuvent pas reprendre, dont les perspectives sont sérieusement diminuées. Elles vont être sévères pour l’économie. On ne sait pas jusqu’où on pourra remonter, à quelle vitesse on pourra remonter. Ça reste indexé fondamentalement sur la situation sanitaire.

Pour l’économiste, choisir entre économie et santé “serait un très mauvais choix”. “Ce qui nous fait peur, à la fois du point de vue sanitaire et du point de vue économique, c’est le risque d’une deuxième vague. Et comment est-ce qu’on évite une deuxième vague, qui obligerait à un re-confinement ? En prenant toutes les précautions qu’il faut pour protéger la santé des personnes au travail, dans les transports, dans la vie sociale. C’est le même combat. Il n’y a pas à choisir entre les deux.

Jean Pisani-Ferry estime qu’il faut arrêter de “vouloir régler les choses par la norme, par les instructions qui viennent d’en haut, dont on attend qu’elles assurent, à la fois, les bonnes réponses et l’égalité absolue”. “Je crois surtout qu’on a besoin d’approcher ces questions au plus près du terrain, au plus près des conditions concrètes. Une école rurale, où il y a peu d’élèves, et un grand lycée dans la région parisienne, ce n’est pas du tout la même chose. Ce n’est pas du tout les mêmes risques. De la même manière dans les entreprises, pour redémarrer il va falloir que des employeurs et leurs salariés discutent de la manière de changer les conditions et les méthodes de travail pour assurer la santé au travail. Et ça passera par des compromis, des accords décentralisés. C’est une illusion de croire qu’on va pouvoir régler ça par de la norme.

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