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VIDÉO. Christophe André : “Comme toujours dans les grandes crises qui frappent l’humanité, on a vu le mélange de l’émergence de comportements altruistes et égoïstes"

a revoir

Présenté parJean-Paul Chapel

Diffusé le 21/05/2020Durée : 00h7

Christophe André, psychiatre, évoque le mécanisme de la peur dans le contexte actuel : “On est dans une épidémie de peur, puisqu’il il y a cette peur du virus. Il ne faut pas avoir trop peur de la peur. La peur c’est une réaction normale, destinée à nous protéger, comme la douleur. Si nous ne ressentions de la douleur, nous abîmerions notre corps, et si nous ne ressentions pas de la peur, nous ne ferions pas assez attention aux dangers et aux problèmes. Par exemple, c’est bien d’avoir peur du coronavirus parce que ça peut nous pousser à la prudence, à faire attention, à respecter les gestes barrière. Le problème de la peur, c’est lorsqu’elle nous focalise sur des dangers à venir, qui ne sont pas encore présents, c’est ce qu’on appelle l’anxiété, lorsque le danger n’est pas là mais on suppose qu’il va arriver. Au fond la question c’est le bon usage de la peur et de l’anxiété plutôt que leur présence.

Pour Christophe André, le confinement “est une période passionnante, qui va être un grand sujet d’études pour les historiens, les sociologues et les psychologues”. “Comme toujours dans les grandes crises qui frappent l’humanité, on a vu le mélange de l’émergence de comportements altruistes et égoïstes. Cette crise du coronavirus a frappé nos sociétés occidentales, et la société française en particulier à un moment où elle était vulnérable. On était en transition, en train de quitter un ancien monde, avec une nation faite de citoyens ayant la même culture, ayant la même histoire, on basculait vers ce nouveau monde plus métissé, plus mondialisé, plus compliqué aussi à homogénéiser. Et là cette crise nous frappe exactement à ce moment-là, un peu comme un crustacé qui était en train de changer de carapace, c’est ce qui rend certainement le travail des politiques beaucoup plus délicat, beaucoup plus compliqué que beaucoup de citoyens ne l’imaginent d’ailleurs.

Pour Christophe André, pendant le confinement, “chacun s’est rétracté sur ses certitudes, qu’elles soient justes ou fausses, sur ses convictions, sur ses égoïsmes aussi d’une certaine façon”. “J’espère que le déconfinement va nous amener à nous frotter de nouveau à la vraie vie, au réel, pour enrichir notre regard sur le monde.

Le monde d’après sera-t-il vraiment différent ? “La personne qui saurait répondre à cette question pourrait décrocher le prix Nobel. Après avoir eu une grande peur, est-ce que nous allons vouloir oublier cette peur et tout reprendre comme avant ou bien est-ce que nous allons essayer d’en tirer partie ? On voit bien que les deux forces sont en train de s’affronter dans notre société. J’ai le sentiment que les citoyens n’en peuvent plus du discours politique, à la fois immature et immaturisant, on n’en peut plus des politiques qui ne sont pas capables de reconnaître que les politiques de l’opposition, que leurs adversaires de l’opposition peuvent aussi faire des choses bien. Et ça il faut vraiment, pour demain, que ça change.

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