VIDEO: La finance verte, pas si verte ?

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L'Oeil du 20h a enquêté sur le label ISR
L'OEIL DU 20 HEURES / FRANCE 2
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France Télévisions

Et si la finance pouvait sauver la planète ? Aujourd’hui, de plus en plus d’épargnants souhaitent que leur argent finance des entreprises respectueuses de l’environnement. Pour les aider, l’Etat a créé des labels comme l’ISR (Investissement socialement responsable). Problème : une partie de cet argent continue de financer des entreprises très loin d’être exemplaires. L’œil du 20 heures vous aide à y voir plus vert!

C’est un nouvel eldorado pour la finance ! Investir dans des entreprises engagées dans le développement durable.

Et pour aider les épargnants à se retrouver dans le maquis des marchés internationaux, l’Etat a créé le label ISR en 2016. Pour l’obtenir, les sociétés de gestion et fonds d'investissement doivent investir cet argent dans des entreprises respectants des critères ESG : environnementaux (E), sociaux (S) et de gouvernance (G).

En 5 ans, 153 sociétés de gestion gérant plus de 800 fonds d’investissements ont été labellisés, pour près de 700 milliards d’euros.

Mais quand on épluche les actions détenues par certains de ces fonds, il y a de quoi être surpris ! On y trouve de grands groupe mondiaux, leaders dans des secteurs pas toujours réputés très verts.

Une organisation écologiste, Reclaim Finance, a passé au crible près de 300 de ces fonds. Sa directrice, Lucie Pinson, explique que "dans 94% des cas, dans les fonds labellisés ISR, on pouvait trouver des entreprises des énergies fossiles, des entreprises de l'armement ou des entreprises responsables de violations de droits humains".

Selon le directeur d'une société de gestion qui a accpeté de nous répondre mais souhaite garder l'anonymat, les fonds ISR comme ceux qu'il gère ne sont pas là "pour sanctionner les entreprises mais pour les encourager. Il y a des secteurs qu’on s’interdit, comme le charbon ou la pornographie", précise-t-il, "mais on est capables d’avoir du ArcelorMittal, ou du Total qui est en train de muter, qui investit dans les énergies propres [...].”

Il n’y a pas que les défenseurs de l’environnement qui critiquent le label. Dans un rapport publié l’an dernier, l’Inspection générale des finances (IGF) estime que le label ISR fait "à l’épargnant une promesse confuse", "de nature à occasionner des malentendus". Sans réforme d'envergure, précisent les experts de Bercy, le label ISR s'expose "à une perte ineluctable de de crédibilité et de pertinence".

Le 11 octobre dernier, en réponse à ce rapport critique, un nouveau conseil d’administration pour réformer le label a été nommé. Sa présidente, Michèle Pappalardo, assume vouloir conserver des critères de labellisation très larges, pour ensuite en augmenter les exigences. Son objectif : proposer au gouvernement des pistes de réformes pour la fin 2022.

En attendant, pour la présidente du comité, c’est à l’épargnant de vérifier lui-même dans quelles sociétés est investi son argent…Comme quoi la finance verte… n’est pas encore tout à fait mûre !

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