L'échec de la médiation Juppé en quatre actes

"Les conditions de ma médiation ne sont pas réunies, ma mission est achevée", écrit le maire de Bordeaux. François Fillon rend Jean-François Copé "seul responsable" de cet échec et souhaite saisir la justice.

Alain Juppé, le 25 novembre 2012. 
Alain Juppé, le 25 novembre 2012.  (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

UMP - Trente-cinq minutes à peine de discussions. La réunion Juppé-Fillon-Copé, pour tenter de trouver une solution au blocage à la tête de l'UMP n'a pas duré longtemps, dimanche 25 novembre. Le maire de Bordeaux, qui avait posé comme préalable que les deux parties acceptent son travail, a jeté l'éponge. Le maire de Bordeaux écrit dans un communiqué : "Les conditions de ma médiation ne sont pas réunies, ma mission est achevée". Dès le début des discussions, Jean-François Copé aurait refusé la médiation, poussant François Fillon a vouloir saisir la justice. Francetv info revient sur l'échec de la médiation en quatre actes. 

Acte 1 : Les conditions d'Alain Juppé

Dès vendredi, le maire de Bordeaux, chargé d'une périlleuse mission de casque bleu posait ses conditions. Il avait notamment demandé à ce que les membres de la commission nationale des recours ayant pris parti pour l'un ou l'autre des candidats "se déportent".  Et proposé la création d'une commission de médiation composée de cinq membres : deux représentants de Jean-François Copé et François Fillon, deux personnalités neutres et lui-même. Enfin, il souhaitait que la commission des recours de l'UMP ne se réunisse pas avant d'avoir été entendue par la commission de médiation.

Mais il avait déjà exprimé ses doutes quant au succès de son action à plusieurs reprises. Dimanche matin sur Europe1, il s'était montré pessismiste quant à l'issue de sa mission. "Je ne suis pas sûr de réussir", avait-il déjà déclaré vendredi. 

Acte 2 : Des premiers ratés

Premier écart par rapport aux souhaits du médiateur dès leur énoncé : le clan Copé accepte le principe de la rencontre mais refuse toute modification de la commission. Du coup, dès dimanche matin, avant même le sommet entre les trois figures du parti, la commission nationale des recours, commence à travailler au siège de l'UMP dimanche matin. 

Dans la foulée, un second couac : le camp Fillon a décide de suspendre sa participation à la commission. Il juge son fonctionnement caduque car les "membres qui avaient soutenu des candidats (peuvent) continuer à siéger". Ils quittent la réunion et annoncent ne vouloir s'appuyer que sur la médiation d'Alain Juppé pour la décision finale. "La fuite et la désertion n'empêcheront pas la commission de faire son travail", lance de son côté Me Francis Szpiner, observateur pour Jean-François Copé.

Acte 3 : Le refus de Jean-François Copé

Dès le début, Jean-François Copé a annoncé sa volonté d'attendre l'avis de la commission des recours, comme le dictent les statuts du parti. "Les statuts et avant tout les statuts", aurait-il dit selon iTélé. Immédiatement à l'issue de la réunion, Jean-François Copé a affirmé que l'entretien s'était déroulé "dans un climat extrêmement cordial". Le maire de Meaux a considéré qu'il ne fallait"pas mélanger ce qui relève du processus juridique et ce qui relève de la procédure politique", et souhaité attendre la proclamation des résultats après l'étude des recours par la commission nationale des recours, qui travaille en parallèle. "Le temps de la médiation viendra ultérieurement", a-t-il insisté. 

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Dans la soirée, ses proches sont montés au créneau en fustigeant l'attitude de François Fillon mais aussi d'Alain Juppé. En choeur, ils soulignent que sa médiation voulait passer outre les statuts d'un parti qu'il a lui même créé. "François Fillon s'est enfermé dans une spirale suicidaire", a asséné Bruno Beschizza. 

Acte 4 : François Fillon veut saisir la justice

De son côté François Fillon a accusé, dans un communiqué, son adversaire d'être le seul responsable : "Jean-François Copé porte seul désormais la responsabilité d'un échec qui touche notre parti et compromet, au-delà, l'image de l'action politique". Il déclare également saisir la justice sur les résultats de l'élection de la semaine précédente. "Soucieux de sortir de l'impasse dans laquelle les coups de force successifs de Jean-François Copé ont plongé notre parti, je saisirai la justice pour rétablir la vérité des résultats et rendre la parole aux militants", note l'ancien Premier ministre.

Ses lieutenants ont confié aux journalistes devant l'Assemblée nationale qu'Alain Juppé avait pourtant prévu des concessions sur ses exigences. François Fillon a "tout fait" pour que cette médiation puisse aboutir expliquent-ils. 

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Prochain acte, la scission ?

Cette possible action en justice de François Fillon augmente d'un cran les tensions au sein du parti politique dont les deux factions semblent de plus en plus irréconciliables. Sur son compte Twitter, le proche d'Alain Juppé, Benoist Apparu, parle de "la droite morte". Et Dominique Bussereau, député de Charentes-Maritimes, d'évoquer des "conséquences gravissimes" et une phase de "désintégration".

Sur le même ton, le député de Haute-Savoie, Lionel Tardy a estimé sur iTélé que "toutes les conditions réunies pour qu'il y ait une scission au sein du groupe UMP" à l'Assemblée.