Gouvernement Valls : les écologistes sont-ils vraiment un problème pour Hollande ?

L'ex-ministre écologiste Pascal Canfin assure que son parti ne participera pas au nouvel exécutif.

Le président de la République, François Hollande, et la ministre du Logement, Cécile Duflot, le 1er février 2013.
Le président de la République, François Hollande, et la ministre du Logement, Cécile Duflot, le 1er février 2013. (PHILIPPE WOJAZER / AFP)

Les Verts ne participeront pas au gouvernement de Manuel Valls. Après le départ annoncé des deux ministres écologistes du gouvernement, Cécile Duflot et Pascal Canfin, ce dernier a assuré, mardi 1er avril sur France Inter, qu'Europe Ecologie-Les Verts opposerait "une fin de non-recevoir" au nouveau Premier ministre lors de son conseil fédéral des 5 et 6 avril. Les idées de Manuel Valls, expliquent les deux anciens ministres, "ne constituent pas la réponse adéquate aux problèmes des Françaises et des Français". L'ancien ministre a également laissé entendre que son parti sanctionnerait d'éventuelles "tentations individuelles".

La majorité peut-elle se faire sans les écologistes ? François Hollande peut-il gouverner en s'appuyant sur le seul Parti socialiste ? Les écologistes vont-ils poser des problèmes au président ? Francetv info tente d'y voir plus clair.

Non, car les écologistes n'iront pas jusqu'au bout

Les Verts mettront-ils leur menace à exécution ? Pas sûr. Le politologue Daniel Boy, spécialiste de l'écologie politique au Cevipof, ne voit pas vraiment ce qu'ils gagneraient à sortir du gouvernement. "Ils y gagnent en termes d'image, de pureté idéologique vis-à-vis de leurs militants, explique-t-il à francetv info. Mais ils vont perdre de l'influence sur la transition énergétique ou sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes."

Quid des élections européennes qui s'annoncent difficiles pour le PS ? "On peut penser que quitter le gouvernement va permettre à Europe Ecologie-Les Verts de faire un meilleur score aux européennes, une élection importante pour eux puisqu'elle leur fait des élus", développe Daniel Boy. Pour autant, il ne croit pas que ce scrutin, marqué généralement par une forte abstention, "augmentera leur poids politique". Bref, le gain politique d'une sortie du gouvernement est si faible qu'EELV pourrait bien rester. "Ils sont peut-être en train de faire monter les enchères", suggère le politologue.

Non, car certains écologistes seront débauchés

Même si le mouvement décidait le week-end prochain de bouder Manuel Valls, ce dernier pourrait attirer dans ses filets des personnalités écologistes comme l'ancienne maire de Montreuil (Seine-Saint-Denis), Dominique Voynet, ou le député européen Yannick Jadot. "Il chasse le Vert", ironise un proche du nouveau Premier ministre dans Le Parisien.

Le risque est bien réel pour EELV. "Valls pourra peut-être trouver quelques écologistes soucieux de se trouver un avenir ministériel", a reconnu le député Vert Sergio Coronado, dans les colonnes du Parisien. Lundi, sur i-Télé, le coprésident du groupe EELV à l'Assemblée, François de Rugy, n'a pas exclu la présence d'écologistes aux côtés de Manuel Valls : "Je ne vous ai pas dit que nous allions quitter le gouvernement", a-t-il glissé.

Oui, car sa majorité à l'Assemblée est faible

Si les écologistes n'ont pas grand-chose à gagner en sortant du gouvernement, François Hollande a beaucoup à perdre s'ils quittent la majorité. Le départ de Cécile Duflot provoque mécaniquement son retour à l'Assemblée nationale, en lieu et place de sa suppléante socialiste, Danièle Hoffman-Rispal. La majorité absolue détenue par le PS, qui comptera 290 membres, ne tiendra alors qu'à une seule voix.

Dans ces conditions, les Verts négocieront chèrement leurs votes. Le PS "ne peut pas se passer facilement des 18 députés verts", observe Daniel Boy. D'autant plus que le résultat des élections municipales va probablement faire basculer le Sénat à droite. "Perdre la majorité au Sénat et avoir une majorité très courte à l'Assemblée, ça devient compliqué pour gouverner", analyse le politologue. Selon lui, le PS va "faire le maximum pour garder les Verts dans la majorité".