Radiés des listes électorales, dix moines ripostent et se pourvoient en cassation

Un collectif d'habitants estime que ces religieux ne vivent pas à l'abbaye de Fontgombault, dans l'Indre, mais à celle de Saint-Paul de Wisques, dans le Pas-de-Calais.

Des moines de l\'abbaye de Fontgombault (Indre), le 22 janvier 2014.
Des moines de l'abbaye de Fontgombault (Indre), le 22 janvier 2014. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

Ils ont été radiés par le tribunal d'instance de Châteauroux (Indre) de la liste des électeurs de la commune, à la demande de partisans de la laïcité. Dix moines de l'abbaye de Fontgombault se sont pourvus en cassation, indique mardi 25 février la Cour de cassation.

En cause ? Le lieu de résidence des moines. Le 14 février, le tribunal d'instance avait estimé que les dix religieux, qui demeurent à l'abbaye Saint-Paul de Wisques dans le Pas-de-Calais, ne pouvaient voter pour élire le prochain conseil municipal du village de l'Indre, selon Michel Navion, avocat des partisans de la laïcité qui se désignent eux-mêmes comme "les indignés de Fontgombault".

Une délibération antimariage pour tous à l'origine

Ces citoyens ont décidé de présenter une liste alternative aux municipales pour marquer leur indignation après une délibération du conseil municipal du village, le 24 octobre. Son objet : le refus du maire et de ses adjoints de marier des couples de même sexe, au nom d'une "loi naturelle". Deux religieux siègent au conseil municipal de Fontgombault depuis une quarantaine d'années, et plus de 60 moines figurent parmi les 258 électeurs inscrits de la commune. Celle-ci vit depuis le XIe siècle dans l'ombre de son abbaye bénédictine, joyau de l'art roman et haut-lieu de la messe en latin chantée en grégorien.

"Le village est sous l'influence des moines", selon André Antigny, un technicien aéronautique retraité âgé de 62 ans qui, six ans après une première tentative infructueuse en solitaire, tente de nouveau de faire son entrée à la mairie, avec dix autres "indignés".  "Ils sont plus de 70 sur les listes électorales. Si vous y ajoutez quelques familles, notamment, celles des candidats, cela suffit pour faire gagner une équipe sur laquelle l’abbaye a une sorte de mainmise", explique-t-il à La Voix du Nord.

A l'audience, le 4 février, l'avocat des "indignés" a produit plusieurs publications, notamment sur le site internet de l'abbaye de Wisques, relatant "l'installation définitive" dans le Pas-de-Calais de ces dix moines bénédictins concernés par l'action en justice.

Une action en justice électoraliste, selon les moines

Mais dans un entretien accordé mardi au quotidien La Nouvelle République, le père abbé Jean Pateau, supérieur du monastère de l'Indre, affirme que les dix moines "sont encore des moines de Fontgombault qui se trouvent en déplacement". "On n'est pas dans le cadre d'un changement de résidence", assure-t-il.

Selon lui, la véritable raison de l'action en justice des "indignés" est électoraliste : "Diminuer le nombre de moines sur la liste électorale diminue la différence de voix entre les deux camps", observe le père Pateau, tout en estimant qu'un "rapprochement est en train de s'opérer" avec certains "indignés".